Christophe Honoré ouvre le Festival d'Aix avec un "Cosi" africain

Christophe Honoré ouvre le Festival lyrique d'Aix-en-Provence avec un "Cosi" africain
Christophe Honoré ouvre le Festival lyrique d'Aix-en-Provence avec un "Cosi" africain - © JEFF PACHOUD - AFP

Le cinéaste et metteur en scène Christophe Honoré ouvre jeudi soir le Festival lyrique d'Aix-en-Provence dans le cadre magique du théâtre de l'Archevêché avec "Cosi fan tutte" de Mozart, transposé en Afrique sous domination mussolinienne.

Le cinéaste ("Les chansons d'amour", "Les Malheurs de Sophie") n'en est pas à son coup d'essai: il a déjà monté pour l'Opéra de Lyon "Pelléas et Mélisande" de Debussy et "Les Dialogues des carmélites" de Poulenc.

"C'est irrésistible de venir monter un Mozart à Aix-en Provence" a-t-il confié à l'AFP, "même si 'Cosi fan tutte' est une oeuvre très particulière chez lui; c'est une oeuvre sublime mais avec un livret qui pose des défis très forts à la mise en scène: le caractère bouffe mais très cruel, la misogynie très réelle du livret et cette idée insensée que ces jeunes filles ne reconnaissent pas leurs amoureux sous prétexte qu'ils ont une moustache".

Les jeunes Ferrando et Guglielmo sont fiancés à deux soeurs, Dorabella et Fiordiligi. Afin de prouver à un vieux philosophe que leurs fiancées sont fidèles, ils font mine de partir à la guerre et reviennent déguisés sous de fausses identités pour les courtiser.

"Venant du cinéma, je veux toujours que les choses soient très incarnées et donc il faut qu'elles ne les reconnaissent pas. J'ai essayé de travailler sur un contexte qui fait que ces deux soldats, quand ils reviennent, sont rejetés, pas uniquement parce que ce sont d'autres hommes, mais parce que ce sont des étrangers", explique le metteur en scène.

"Le travail sur le déguisement ne doit pas être folklorique mais raconter quelque chose de plus dérangeant, sur le rejet de l'étranger", ajoute-t-il.

C'est ce qui l'a amené à construire l'opéra en Afrique au moment de la colonisation italienne. "Tout se passe dans une petite société d'expatriés, de colons abusant de leur domination et de leur pouvoir."

"Il y a dans cette musique quelque chose de très solaire, de très méditerranéen, qui fait que j'avais envie de cette atmosphère plus africaine", ajoute-t-il.

'Blackface'

Voici donc Ferrando et Guglielmo revenant séduire leurs belles sous l'uniforme de soldats fascistes italiens et de surcroît maquillés en Noirs. "Il y avait des locaux intégrés dans l'armée italienne, à l'image des tirailleurs sénégalais", raconte le metteur en scène. "Ils vont revenir en +blackface+ (acteurs blancs jouent des caricatures de personnages de Noirs)."

"Ce blackface est un sujet de polémique essentiel sur les scènes de théâtre et d'opéra aujourd'hui", observe le cinéaste, pour qui il "était intéressant de montrer qu'un blackface est toujours un acteur raciste".

Christophe Honoré se défend de faire une lecture politique de Cosi mais veut "aller au plus loin de la cruauté, de l'obscénité qu'on peut entendre dans ce livret et dans les rapports homme/femme".

Un quatuor de jeunes chante les rôles des fiancés tandis que Sandrine Piau incarne la rouée Despina, la servante. Deux chefs mozartiens, Louis Langrée et Jérémie Rhorer (17, 19 juillet), tiendront la baguette dans la Cour de l'Archevêché, à la tête de l'orchestre en résidence, le Freiburger Barockorchester.