Carmen conquiert un stade polonais converti en opéra d'un soir

Carmen conquiert un stade polonais converti en opéra d'un soir
Carmen conquiert un stade polonais converti en opéra d'un soir - © NATALIA DOBRYSZYCKA - AFP

Une Carmen de feu, 500 acteurs, danseurs et musiciens, des chevaux bondissant au rythme de la zarzuela: la ville polonaise de Wroclaw, capitale européenne de la culture 2016, s'est offert samedi une chaude nuit espagnole, dans un stade converti en opéra d'un soir.

"C'est la première fois que je fais cela, chanter dans un stade de foot, c'est un défi", confie Kate Aldrich, une Carmen si pleine de charme tsigane et chantant dans un si bon français que l'on a du mal à croire qu'elle soit née dans l'Etat du Maine au nord des Etats-Unis.

En cette soirée de match de l'Euro de football, vingt-cinq mille spectateurs sont venus dans un stade pour écouter de la musique et regarder un spectacle féerique, au décor grandiose, haut de trente mètres avec sept étages, imitant les balcons et les escaliers extérieurs des maisons de Séville.

Derrière ce méga-show qui mélange l'opéra de Bizet aux chants et danses de la zarzuela, un genre lyrique espagnol entre l'opéra comique et le singspiel allemand, il y a la directrice de l'Opéra de Wroclaw, Ewa Michnik.

Quand, il y a quelques années, sa ville a été désignée Capitale européenne de la culture 2016 en même temps que San Sebastian en Espagne, Mme Michnik a décidé de faire connaître la culture populaire espagnole au public polonais, en s'appuyant sur le célèbre opéra du Français Georges Bizet.

"Comme dans les autres grands spectacles à ciel ouvert, que nous montons depuis 1997, il s'agit de faire venir à l'opéra ceux à qui le théâtre paraît quelque chose d'impénétrable et d'ennuyeux à la fois", explique Mme Michnik à l'AFP.

Peut-on transporter la zarzuela - un genre tellement espagnol qu'il reste peu connu en dehors du monde hispanophone - en Europe de l'est slave?

Pendant des mois, des musiciens et des chorégraphes venus de l'autre bout de l'Europe ont travaillé avec leurs collègues polonais, des professionnels du spectacle mais aussi des choeurs d'étudiants de toute la Basse-Silésie (ouest).

Les amateurs ont été recrutés par concours: sur 1.500 candidats, d'abord 700 puis finalement 200 ont été retenus. Soixante Espagnols se sont mêlés à cette foule polonaise en costumes des provinces de la péninsule ibérique.

Tombés amoureux de la zarzuela, leurs ensembles cherchent maintenant sur YouTube d'autres morceaux pour les intégrer à leurs programmes.

Résultat? "Ecoutez-les, ils jouent comme des Espagnols", lance Ignacio Garcia, chef d'orchestre qui a cosigné la mise en scène avec le Polonais Waldemar Zawodzinski, alors qu'une soixantaine de cuivres fait vibrer le stade d'un rythme endiablé.

Pour Kate Aldrich, chanter dans un stade de foot est une première - c'est d'ailleurs la première fois qu'elle vient travailler en Pologne.

"J'ai déjà chanté dans des théâtres romains, aux Chorégies d'Orange, aux Arènes de Vérone, mais c'est différent ici, vraiment inhabituel, difficile, car on ne sait pas ce qu'entend le public, il n'y a pas de retour, pas d'écho", explique-t-elle.

En plus, l'artiste n'a pas de contact visuel avec le spectateur. "Aux Chorégies d'Orange, même si c'est très grand, vous voyez les visages du public, mais pas ici. Il faut juste avoir confiance...", dit la mezzo-soprano américaine à l'AFP.

Quand elle a accepté de participer au projet de grand show d'Ewa Michnik, elle ne savait pas qu'elle allait chanter dans un stade de football. Mais elle l'a accepté sans réticence: "c'est un défi nouveau pour moi".

"Mais c'est aussi du fun et c'est du fun d'en faire partie. Et cela attire un plus vaste public à l'opéra. Quand j'en ai parlé à ma famille, je l'ai comparé au show à la mi-temps du Super Bowl", la finale de la ligue de football américain et moment fusionnel pour les Etats-Unis.

Dans le stade de Wroclaw, la zarzuela a fait danser même les six chevaux de l'écurie de Karolina Wajda, la fille du célèbre réalisateur Andrzej Wajda. Mais c'était facile pour eux: ils sont tous andalous et donc doivent l'avoir dans le sang.


Belga