Berlin : Zvizdal (Chernobyl – so far so close) - Absence peuplée

Berlin : Zvizdal (chernobyl – so far so close)
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Berlin : Zvizdal (chernobyl – so far so close) - © Bea Borgers

Entre film documentaire et installation plastique audio-visuelle, la dernière création du collectif belge BERLIN Zvizdal (chernobyl – so far so close) conçue par Bart Baele, Yves Degryse et Cathy Blisson, est une des œuvres les plus vibrantes sur " l’absence " et le récit de vie de Nadia et Pétro Opanassovitch Lubenoc, après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Créée au Kunstenfestivaldesarts en mai 2016, Zvizdal poursuit sa tournée en Belgique et ailleurs. Cataclysmes émotionnels.

 

Pourquoi certaines images, certaines histoires nous touchent plus que d’autres ? La supériorité de la nouvelle création Zvizdal (Chernobyl – so far so close) de BERLIN est dans son dispositif d’emblée sophistiqué : un différentiel de proportions et de temporalités (le macro - un grand écran cinéma sur lequel est projeté le documentaire et le micro - les maquettes saisonnières de la maison de Nadia et de Pétro) et le trouble des frontières (entre fiction et réalité, intime et social, Histoire et fait divers)

Ici, le film documentaire  n’est pas complet en un seul temps. Il a des échos, des reflets. Les images documentaires circulent et se contaminent, du grand écran à la maquette et dans les fondus visuels.

La mise en abîme et les "trucages" parcourent le théâtre filmique de bout en bout, donnant une traduction plastique audio-visuelle du réel, seule capable de nous permettre de le réinvestir sans le banaliser.

Pour les concepteurs du projet Bart Baele, Yves Degryse et Cathy Blisson (ancienne critique de Télérama et dramaturge française à l’origine du projet), il ne s’agit pas tant de décharger le réel de sa puissance tragique que de créer des boucles fantasmatiques entre la fiction et le réel pour que le spectateur trouve sa place et que l’histoire de Nadia et Pétro Opanassovitch Lubenoc s’accorde à sa sensibilité.

Baba Nadia et Pétro sont un seul bloc humain, octogénaire, magnifique et douloureux, errant dans leur village natal comme dans un vaste désert. Ils sont les stigmates émouvants d’un des évènements les plus marquants ces dernières années, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl survenue en 1986 et d’une attente filmée sans fards par BERLIN de 2011 à 2015, celle d’un ultime sursaut de vie, celui de leur village, celui qui n’aura jamais lieu.

Pourtant, ce n’est pas seulement le sentiment de solitude de baba Nadia et Pétro ni leurs visages (qui nous rappellent ceux du documentaire Profils Paysans de Raymond Depardon) qu’on garde en mémoire. Dans Zvizdal, la nature la plus irradiée est la plus irradiante. C’est le miracle (bizarre) tchernobylien, Qu’on le veuille ou non, une forme de beauté est là, née de la monstruosité. Elle foudroie le regard et ouvre immédiatement l’esprit à un déluge sensoriel.

Zvizdal travaille à l’inscription d’une disparition (le monde paysan, les villages, etc.) dans une vie quotidienne rythmée par les saisons et la besogne, rendant palpable l’excitation de baba Nadia et de Pétro lorsqu’ils retrouvent, le temps d’une journée, les anciens habitants du village venus fêter leurs morts une semaine après les pâques orthodoxes ou qu’ils dialoguent librement ensemble (en jouant presque) face à la caméra de BERLIN.

C’est bien dans son art du témoignage que l’œuvre Zvizdal gagne son urgence, son intensité et sa beauté. Lorsque les lumières se rallument, elle devient un aiguillon sensible. L’émotion avançait masquée. La philosophie terrienne de Pétro résonne : " un être humain doit rester dans sa zone, si on le déplace, il meurt ". Elle a trouvé le regard qui la fait exister, celui de BERLIN.

 

 

Zvizdal (chernobyl – so far so close) de Berlin du 12 au 15 mai au Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles ; du 19 au 21 mai au deSingel à Anvers ; du 23 au 25 mai au Brighton Festival, etc. Plus d'infos sur la tournée.