Bas Nylon, L'énergie du bonheur

Bas Nylon, L’énergie du bonheur
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Bas Nylon, L’énergie du bonheur - © Crédit photo: Jean-Biche

Les Nuits Bas Nylon présente Bas Nylon dans l’espace, les 19 et 20 décembre 2014, au Beursschouwburg à Bruxelles. Rencontre avec l’artiste Jean-Biche, une des figures emblématiques du groupe.

Vous aimez les genres. Qu’est-ce qui vous a plu immédiatement dans la question de l’espace ?

C’était l’idée de créer un nouveau show Bas Nylon, tous ensemble. Bas Nylon, c’est vraiment la famille Bas Nylon ! Hollywood Gem, Denis Robert, Jessica Batut, Marlène Saldana, et Angèle Micaux sont le noyau du projet depuis sa création en 2011.

Tous sont fascinés par la science fiction. Ils étaient très enthousiastes de retravailler sur ce thème qui les avait déjà rendus fous de joie, trois ans auparavant Chez Maman à Bruxelles. C’était d’une créativité folle.

Aujourd’hui, nous sommes en co-production avec le Beursschouwburg (Beurs). Les moyens de production sont décuplés, l’équipe est plus importante, etc. Le résultat sera puissance 10. On voit bien le chemin parcouru depuis trois ans.

 

Pouvez-vous nous parler du casting ?

L’équipe Bas Nylon s’est agrandie, mais c’est toujours très familial. Ce sont toujours des amis et de la famille, qui contribuent à la création des costumes, de la musique, de la vidéo et de la technique.

Avec le temps, les inputs sont de plus en plus importants, mais ce sont toujours Hollywood Gem, Denis Robert, Jessica Batut, Marlène Saldana, Angèle Micaux et moi-même qui sommes à l’origine de chaque projet.

Pour Bas Nylon dans l’espace, il y a des dj Guests : Phonokiller et dj Corrine venue spécialement de Paris. Car ce n’est pas seulement un show, c’est aussi une soirée festive. Sur scène, il y a aussi Marie Artamonoff, la créatrice des bijoux Espèces et le danseur et chorégraphe Guillaume Bordier. À eux s’ajoutent : Philippe Clara à la création du vaisseau spatial ; Eugenio Nittolo, Victor Dumont et Morena Prats pour l’accueil du public ; Untitled Structure à la vidéo et à la technique. Ainsi que tous les amis et la famille qui ont créé les perruques, les costumes et les décors, que je ne connais pas tous, comme la tante de Jessica Batut, par exemple.

 

Bas Nylon, c’est vraiment un esprit de corps.

Faire les bars de nuit et les festivals, et créer des objets inimaginables, tous ensemble depuis 2011, forcément, ça crée des liens. Nous avons développé une telle intimité que nous savons d’avance ce que nous allons proposer aux autres. Nous faisons rarement des numéros solos, nous imaginons souvent des duos, des trios, etc.

Notre travail est aussi d’une rapidité extrême. Chaque show s’envisage comme une création théâtrale. Par exemple, Bas Nylon dans l’espace dure 80 minutes réparties sur toute la soirée. Nous travaillons sur le projet depuis cet été. Nous avons quatre jours de montage et de répétition au Beurs, ce qui peut sembler " fou " pour une équipe de quinze personnes. Mais nous nous connaissons tellement que nous pouvons avoir cette audace-là (rires) !

 

Comment avez-vous abordé artistiquement la question de l’espace dans Bas Nylon dans l’espace ?

Nous avons immédiatement pensé que Bas Nylon dans l’espace était l’opportunité de mieux faire connaître les racines d’Hollywood Gem. Le personnage d’Hollywood Gem- déjà développé avant la création de Bas Nylon - vient du futur et d’une autre planète. La logique " Hollywood Gem " nous échappe totalement, c’est une intelligence supérieure (rires).

Nous avons ouvert cette piste et chacun a eu carte blanche pour l’explorer. Mail après mail, rendez-vous skype, après rendez-vous skype, nous avons élaboré ensemble le show. Jusqu’au moment où j’ai rassemblé toutes les données et j’ai mis tous les numéros bout à bout, essayant de raconter une histoire.

 

Vous êtes le dramaturge de Bas Nylon.

" Dramaturge ", c’est un bien grand mot. Ce n’est pas une seule et même personne qui imagine le show. Nous passons souvent d’un extrême à un autre. J’essaie de caler les numéros, les uns après les autres, faisant en sorte que les contraintes techniques ne nuisent pas au fil conducteur.

Parfois certains spectateurs nous disent : " Nous ne sommes pas sûrs d’avoir tout compris, mais nous avons passé une soirée géniale. " Alors que tout semblait " clair " pour nous (rires).

 

Au fur et à mesure des Nuits Bas Nylon, on a le sentiment que vous courrez après les défis esthétiques et de mise en scène ? C’est de plus en plus élaboré, tout en gardant la folie originelle.

Oui, le plaisir, la folie, c’est ce qui nous motive. Nous rions beaucoup à chaque étape du processus de création. Nous travaillons avec l’énergie du plaisir, l’énergie du bonheur.

En outre, les personnes qui nous apportent des inputs veulent s’investir de plus en plus dans la création. Ils sont très motivés. Et nous leur en sommes très reconnaissants. Grâce à eux, nos projets et défis esthétiques sont de plus en plus grands.

Nous ne planifions jamais le défi. Nous échangeons juste des idées. Et puis quelqu’un dit : " Moi, je suis capable de faire ça. ". Le plaisir aussi vient du fait qu’il s’agit d’humour, de cabaret. Il y a un tel excès que ce n’est jamais trop !

Nous avons commencé avec 0 moyens et 0 ambitions ! Nous n’avons jamais voulu arriver là où nous sommes, aujourd’hui. Nous sommes hallucinés.

 

En général, comment faites-vous pour construire une palette : en termes de lumières, de costumes, musique, etc. ?

C’est une chance (rires). Je plaisante. Je supervise tout ce qui concerne la musique et costumes. Untitled Structure fait des propositions vidéo sur la base de chaque idée qu’il reçoit. Une fois que la musique et les costumes sont créés, Denis Robert crée la lumière…quarante-huit heures avant la présentation du show. C’est seulement la veille que l’on se dit : " Wouah ! " Au final, tout le monde a fait de son mieux, il y a toujours des numéros très Rock’en’Roll.

 

C’est rare d’investir autant l’image et d’avoir une telle identité graphique.

Depuis le début, je fais le graphisme Bas Nylon. J’ai toujours dessiné à la main les affiches dans un style cabaret vintage, à l’ancienne, hyper léché, raffiné. Qui est le parfait contrepoint de l’énergie hyper moderne, très Rock’en’Roll développée sur le plateau.

Concernant le projet artistique, il a tellement grandi, qu’aujourd’hui, le noyau ne peut " gérer " seul sa totalité. Le cahier des charges est multiplié par 5.

 

Pareil pour l’identité esthétique.

Avec le temps, la confiance, nous avons tous développé nos esthétiques en fonction du projet total. Aujourd’hui, nous savons que l’image de Bas Nylon est claire, que nos personnages ont des identités et des codes propres. Nous nous connaissons tellement bien que nous n’avons plus besoin d’imposer quoi que ce soit. Et lorsque je réfléchis à votre remarque, c’est comme si nous-mêmes nous n’y réfléchissions même plus.

 

Vous avez tous réussi à conserver votre singularité, tout en constituant un objet scénique très singulier

C’est vrai. Certains membres de l’équipe m’en ont fait la remarque. Certains sont danseurs contemporains et la plupart du temps, ils font ce que le chorégraphe leur demande. Leur nom n’est pas un trade-mark comme c’est le cas pour moi ou Hollywood Gem, artistes de cabaret. Nous avons des noms d’emprunts. Je ne m’appelle pas Jean-Biche, même si certains le croient (rires).

Dans le cabaret, nous avons un personnage, une fiction et des codes. Alors que Denis Robert, Jessica Batut, Angèle Micaux ou Marlène Saldana sont des personnes libres qui incarnent des personnages. Mais au final, nous avons réussi à leur donner le même poids que le notre. Sur scène, on les reconnaît, ils ont leur style et leurs codes esthétiques propres.

Nous nous complètons, nous faisons corps. Lorsqu’on propose un numéro à un autre membre du groupe, on sait qu’il sera capable de l’exécuter. On ne le poussera jamais dans ses retranchements.

 

Bas Nylon, c’est une esthétique de nuit. Aimeriez-vous investir le jour ?

Nous avons déjà fait un numéro à 14 heures mais nous avions occulté la lumière (rires). C’est compliqué, nous jouons avec de l’illusion et nous voulons que les gens aient envie de venir nous voir et de faire la fête, il Et nous voulons que les gens s’amusent, qu’ils aient envie de venir et de faire la fête. À mon sens, il n’y a que la nuit qu’on peut faire ça. En tout cas, c’est plus facile.

Cet été, nous nous sommes filmés, habillés et maquillés, avec des gens complètement décomplexés, en plein jour, sous le soleil, à Bruxelles. C’était étrange pour nous, d’être dans une énergie de nuit, en pleine journée. Pour moi, ce n’est pas normal de me transformer à l’heure où je vais me coucher (rires). Des extraits seront projetés durant Bas Nylon dans l’espace. C’est une surprise !

 

 

Pourquoi trouvez-vous la nuit si intéressante ?

J’ai débuté comme dj quand j’étais étudiant à La Cambre. La musique m’a ouvert la porte de la nuit. Il y a dix ans, il n’y avait pas de Smartphone pour faire des selfies et les dj portaient des valises entières de vinyles. Moi, j’arrivais avec mon mac, une bombe de laque, quelques épingles à cheveux et une paire de chaussures un peu moins hautes pour prendre le taxi à six heures du matin. J’ai commencé à me transformer pour aller mixer. J’étais une des rares personnes à faire du spectacle, derrière des platines. C’est comme ça que j’ai appris à me maquiller, me transformer et à performer.

Aujourd’hui, je ne mixe pratiquement plus. Cela ne m’intéresse plus. Je me sens très bien sur scène. Après avoir commencé dans le milieu très underground, je travaille sur des plateaux plus " institutionnels ".

 

Jean-Biche s’institutionnalise-t-il ?

J’ai eu le parcours de beaucoup d’artistes que je n’aurais moi-même pas vus s’ils étaient restés " underground ". On reste invisible si on reste dans un cocon trop replié sur lui-même. Je ne veux pas incarner un personnage trop excessif qui peut être " inaccessible ". J’ai envie de partager avec le plus grand nombre et d’explorer d’autres domaines.

Je découvre de plus en plus le monde culturel : le théâtre, la danse, le cinéma. J’ai joué dans des court-métrages. Je suis actuellement à l’affiche du film Je suis à toi de David Lambert.

En 2015, je vais travailler sur la création WieBo de Philippe Découflé, inspirée de Bowie. C’est un accomplissement gigantesque. Je suis pris pour ce que je suis : une créature née sur la scène underground où j’ai développé une certaine poigne et une intuition, aussi.

Sur la pièce de danse Cocktail de Thierry Smits, j’ai créé tous les maquillages et j’ai appris l’art et la manière de le faire à tous les danseurs. C’était une expérience très riche, pour eux comme pour moi.

 

Malgré le caractère très iconoclaste de vos projets, on a l’impression d’une très grande fluidité et d’une très grande maitrise dans l’évolution de votre parcours.

Je ne me suis jamais projeté dans le futur. Tout s’est déroulé de manière très naturelle, à mon rythme, avec l’envie d’apprendre toujours plus. J’ai eu beaucoup de chance. Je dis souvent : " Oui ! ". Surtout si le projet est un nouveau challenge.

 

Un mot sur les futurs projets de Bas Nylon.

Nous fêterons les cinquante ans du Beurs les 5, 6 et 7 février 2015 et les vingt ans de la Belgian Pride le 17 mai 2015. Et j’aurai trente ans (rires) ! Nous adorons être à la Belgian Pride et faire partie de ceux qui montrent combien la communauté LGBT est importante, aujourd’hui. Cela fait partie des avantages de " flirter " avec l’institution, nous pouvons sensibiliser un public plus large. Les Bas Nylon ne se revendiquent ni gay ni lesbien, mais global friendly ! Bienvenue chez nous !

 

Sylvia Botella

 

 

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