Ayelen Parolin et Lisi Estaràs : La Esclava, The Body-List

Ayelen Parolin et Lisi Estaràs : La Esclava, The Body-List
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Ayelen Parolin et Lisi Estaràs : La Esclava, The Body-List - © Thibault Grégoire

À la découverte de la pièce de danse La Esclava de Ayelen Parolin et de Lisi Estaràs, créée à la Biennale de Charleroi Danses en octobre 2015. Lorsque le corps est recueilli à même l’expression du visage…ni tout à fait le même ni tout à fait un autre, il se réinvente.

 

Dans La Esclava, le visage et le corps sont ceux de la chorégraphe et interprète argentine, Lisi Estaràs. C’est le corps de pin-up aux étonnantes grandes ailes/étoiles (Nicolas Vladyslav) à peine vêtu d’un soutien-gorge et d’une jupe/short bling-bling (Dorine Demuynck), de grands yeux félins, une beauté inquiète et une force baladeuse fascinante.

Ici, l’équilibre du plan dramaturgique est parfait (Sara Vanderieck et Olivier Hespel) ; entre la composition musicale, la lumière (Carlo Bourguignon) et la chorégraphie, la boucle est surprenante. L’inconscient passe à l’acte ; émergent en gestes, une hystérie sourde, des positions/postures (parfois enfantines), des situations et une intranquillité des profondeurs.

Si les scènes sont magnifiques dans La Esclava, c’est parce que la ligne de partage est à la fois, physique et mentale : être dans le corps, y rester tout en nouant des psychés. Le corps est recueilli à même l’expression du visage d’où jaillissent la beauté et les reliefs, jusqu’aux plus sensibles. Dans le trou noir, Lisi Estaràs nous offre d’étranges écarquillements d’yeux (qui froissent les expressions) et de sauts ailés alanguis dans l’espace, redoublés par les efforts qu’elle doit faire pour les contrôler et forcer son corps vers sa destinée.

Dans La Esclava, les gestes prennent la forme d’un combat solitaire peut-être perdu d’avance contre les débordements du corps et du flux de la pensée. Les ellipses y sont fascinantes, elles nous plongent dans une intimité brûlante. Les musiques du dehors - Purcell, Bach, Dumbala Dumba, Ella Fitzgerald et Franck Sinatra, etc. - (extraordinaire travail de création originale et de composition de Bartold Uyterrsprot) contaminent l’espace clos, redoublent le vertige et les battements du cœur - le motif musical sur lequel tout se greffe - de celle qui parle pour elle-même dans un insolite mix de langues. On y entend l’autobiographie, pendant quelques minutes : les origines roumaines, le déracinement, la judaïté, etc. On y lit aussi l’angoisse existentielle, la passion sans satisfaction, pleine de frustration et les fantasmes.

Être ou ne pas être, telle est la question dans Hamlet de William Shakespeare ou mieux, Être et ne pas être, telle est l’affirmation dans La Esclava de Ayelen Parolin et Lisi Estaràs. Les métaphores affluent sur le plateau jusqu’au tremblement de la vision qui garde jusqu’à la fin une part de mystère irréductible : ange ailé, ange déchu, femme fatale, femme maudite, etc. ?!

La pièce de danse La Esclava signée par Ayelen Parolin et Lisi Estaràs est magnifique parce qu’elle transfigure le geste sur le plateau. Elle est virtuose parce qu’elle ne ressemble qu’à elle-même. Un ange passe, c’est certain, l’ange au secret.

Sylvia Botella

 

La Esclava de Ayelen Parolin et Lisi Estaràs, le 14 octobre 2015 dans le cadre de Actoral Paris au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris; du 20 au 24 octobre 2015 aux Brigittines à Bruxelles et le 25 mars 2016 à Le Grand Bain, CDC Le Gymnase à Roubaix.

Le spectacle sur le site de Charleroi-danses: www.charleroi-danses