Avignon-off / Les Doms: "Hamelin" (Juan Mayorga) / Critique et Interview Christophe Sermet et Serge Demoulin

2 images
- © rtbf

"Hamelin" de Juan Mayorga ou l’introuvable vérité Avignon 2009, les Doms, 20h (du 8 au 28 juillet) «Hamelin», joué en janvier au Rideau de Bruxelles, fut d’emblée un succès public et critique.

"Hamelin" de Juan Mayorga ou l’introuvable vérité

Avignon 2009, les Doms, 20h (du 8 au 28 juillet)

«Hamelin», joué en janvier au Rideau de Bruxelles, fut d’emblée un succès public et critique. Ce n’est pas un hasard si cette pièce, mise en scène par Christophe Sermet, figure parmi les trois meilleurs spectacles de l’année, sélectionnés par les Prix de la critique, dont les lauréats seront proclamés le 12 octobre, au Théâtre de la Place à Liège. Et ce fut une bonne surprise de le voir figurer parmi les huit spectacles sélectionnés par Philippe Grombeer pour sa programmation avignonnaise des Doms, à une heure de combat:20h, pratiquement le même créneau qu’à Bruxelles, mais en dangereuse proximité avec les spectacles du «in». Quand je l’ai revu, la dernière semaine du Festival, le succès était au rendez-vous : salle comble depuis les tout premiers jours et une énorme quantité de programmateurs présents, qui promettent une belle vie future à ce spectacle raffiné. C’est la première fois que je vois, sur la petite scène des Doms, un spectacle à sept acteurs, qui ont gardé et peaufiné l’incroyable énergie des débuts, multipliée par plus de deux semaines de jeu, 7 jours sur 7, à l’exception du 20 juillet, un jour de repos, comme au Tour de France !

Et le succès auprès des programmateurs est à la fois une délicieuse récompense et un problème pratique puisqu’il faudra faire coïncider les horaires de sept acteurs, dont deux sont enseignants, tout comme le metteur en scène. Un choix douloureux en perspective, d’autant que ces six personnages sont difficilement interchangeables, vu le travail d’équipe intense pour un texte où la moindre nuance compte.

Nous reprenons ci-dessous notre critique de janvier, passée en radio, en le complétant par un éloge appuyé de ce travail d’équipe minutieux et «habité» avec deux présences constantes : le juge d’instruction, Serge Demoulin, redoutable et finalement aussi désarmé que les victimes, bourreaux et témoins qu’il fait défiler et le narrateur, Thierry Lefèvre qui s’amuse à relativiser les faits. Remarquable performance également de Fabrice Rodriguez, qui porte la lourde charge du coupable idéal, dans cette affaire de pédophilie. Mais le moindre petit rôle prend du relief comme celui de l’enfant, joué par un adulte, Francesco Italiano ou le double rôle de Gaetan Lejeune, tantôt père, tantôt fils,autre jeu subtil pour nous faire réfléchir à la relativité de la vérité.

Critique parue le 9 janvier , sur La Première RTBF.



Avec Hamelin au Rideau de Bruxelles, on découvre un auteur espagnol contemporain, Juan Mayorga jamais joué en Belgique et un jeune metteur en scène prometteur, Christophe Sermet qui conduit ses acteurs en finesse.
Juan Mayorga, adapte une vieille légende des frères Grimm, Le Joueur de Flûte de Hamelin où un musicien délivre une ville de ses rats mais en sacrifiant tous ses enfants. La métaphore contemporaine, c’est l’épidémie de pédophilie, révélée par les affaires Dutroux, Fourniret en Belgique et d’Outreau en France La réussite du Hamelin, de Juan Mayorga c’est qu’il garde à l’ensemble l’allure d’une fable. Un récitant, nous aide à construire un décor mental et à passer presque avec humour d’un épisode à l’autre. L’histoire se joue à plusieurs niveaux : on passe d’un affrontement dur entre un juge d’instruction et un supposé pédophile à la même histoire, vue à travers des prismes déformants, contradictoires et ambigus :le point de vue des enfants, des parents, d’une psychologue. Le juge lui-même n’est pas un père irréprochable. Cette façon de nous faire entrer dans un débat où nous, public, sommes responsables du jugement final, laissé en suspens, évite tout manichéisme En même temps la mise en scène de Christophe Sermet donne à chaque acteur la chance de faire entendre son témoignage avec force. Un sujet difficile qui ne tombe jamais dans le mélo et nous plonge dans la recherche de