Avignon – Hacia la Alegria d'Olivier Py, Furia désirante

Avignon - Hacia la Alegria d'Olivier Py, Furia désirante
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Avignon - Hacia la Alegria d'Olivier Py, Furia désirante - © Christophe RAYNAUD DE LAGE

La pièce de théâtre Hacia la Alegria mise en scène par Olivier Py, est reprise au Théâtre National du 6 au 10 octobre 2015. Créée au Festival d’Avignon 2015, d’après un des fragments de son roman Excelsior (2014), c'est la dernière création du projet européen Villes en Scène/Cities on Stage. Une nuit pour une échappée dans la ville/monde, un vaste déploiement d’images narratives.

A relire, l'entretien avec Olivier Py, à l'occasion de la création de Hacia la Alegria cet été à Avignon

Sentir comment s’ouvre Hacia la Alegria, par quel espace, par quel geste et musique. La ville européenne ne semble être soutenue que par la gloire, le principe hiérarchique et les relations de pouvoirs, jusqu’à se resserrer et empêcher toute intimité. Le grand artiste, le grand architecte (extraordinaire Pedro Casablanc) veut s’en défaire, une nuit, pour voir la ville et voir autrement. Une nuit pour une traversée envoûtante éclairée, entre veille et sommeil, pour lui permettre de s’approcher au plus près de la complexité du réel : " Je veux courir, courir, non pas pour rattraper un train, non pas pour être à l’heure mais pour sentir, que le seul moyen de regarder le monde est de le faire avec son corps, avec l’essoufflement et le danger du corps ".

La nuit et la ville viennent se refléter dans la course athlétique (littérale sur tapis roulant) comme traversée d’éclairs du héros, annihilant la distance entre son regard et sa vision par un effet de surimpression dans laquelle les espaces se captent, se dérivent, s’enchevêtrent. Ici, dans une mise en scène d’une constante sobriété, Olivier Py s’attache à des paysages quotidiens de la ville, du centre à la périphérie, mais qui, par le traitement esthétique et musical (Fernand Velasquez) qu’il choisit, deviennent très vite des vanités graphiques, universelles. Avignon, Bruxelles, Madrid, Göteborg, Sibiu, Naples…

Quelle profondeur faut-il assigner à ces espaces européens réversibles, à ce panoramique formaté ? L’auteur ne semble pas se soucier de livrer une leçon véritable, jamais la morale ne vient outrepasser l’énoncé d’une vérité au mieux métaphorique et interrogative. " Qu’est-ce qu’une œuvre si elle n’entre pas en vibration avec ses contemporains ? " " Que pourrait-on désirer de mieux ? Une terre où les chutes ne blessent pas, où les dangers sont bannis par l’assurance des grandes franchises. " L’échappée addictive réactualise la ville à chaque pas, le regard/caméra du joggeur glisse le long des façades, scrute les magasins, le jardin d’enfant aux girafe jaune et éléphant bleu, le cadavre du centre culturel, la décharge. Il organise, architecture les circulations, pense leurs (dis)jonctions, véhicule des énergies disparates, rendant ainsi le captif à une autre conscience plus tendineuse, une autre vie intérieure. Il devient luciole dans l’obscurité nocturne. " J’aimerais un trou encore plus sombre pour retrouver les étoiles. " On devine pudiquement dans le drame en stations une forme d’autoportrait (en trompe-l’œil) de la part de l’auteur, metteur en scène et directeur d’une des plus grandes institutions françaises, qui s’interroge sur la valeur de son existence et de son art.

Ici, le recto n’est pas forcément le recto du verso. Et la ville multiplie ses modes d’apparition, tantôt idéale, tantôt laide, porteuse de mort et de rédemption aussi. La ville a beau être vide la nuit, elle n’est jamais au repos. C’est une énorme créature vivante sur la bande-son live du quatuor à cordes (Preslav Ganev, Desislava Karamfilova, Petya Kavalova, Stamen Nikolov). Loin de toute rigidité, le choix du débit rapide en espagnol de la parole de Pedro Casablanc se révèle astucieux. Il procure au spectateur un calme singulier, une concentration extrême, rendant les éclairs poétiques de la langue/Olivier Py presque familiers. La communauté est attentive et c’est, ici et maintenant, que tout se passe. Elle peut choisir ses voies favorites au gré de correspondances personnelles.

Et c’est sans doute là que réside la virtuosité de Hacia la Alegria, dans l’expérience d’un spectateur agissant et bâtisseur, sa pensée court.

Sylvia Botella

 

Hacia la Alegria de et mis en scène par Olivier Py, création, du 7 au 14 juillet 2015 au Festival d’Avignon, du 6 au 10 octobre 2015 au Théâtre National à Bruxelles et le 14 novembre 2015 au III International Theater Festival Wold place of Truth – Season of Masters – à Wroclaw en Pologne.

 

Excelsior, Olivier Py aux éditions Actes Sud, 2014