Avignon 2019. Cirque belge. "La vrille du chat" et "Exodus". Monde, rêve, poésie, exil. Et acrobatie.

"La vrille du chat "
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"La vrille du chat " - © Camille Charleux

Deux spectacles de cirque (basés à Bruxelles ou en Wallonie) à voir cette année en Avignon.

L’un, "La Vrille du chat" (un des 3 nominés des "Prix Maeterlinck de la Critique" 2019), est présent sur l’Ile Piot jusqu’au 20 juillet dans le cadre de "L’Occitanie fait son cirque en Avignon"  et soutenu par les Doms.

L’autre, "Exodus", a pour cadre le Festival Villeneuve-en-Scène… de l’autre côté du Rhône jusqu’au 21 juillet

 

"La Vrille du Chat". Le temps est-il élastique ?

Analyse  de Laurent Ancion sur le site des "Prix Maeterlinck de la Critique".

"Que se passerait-il si le temps était élastique ? Si un même événement pouvait se répéter plusieurs fois, rebattant les cartes du passé recomposé et du futur antérieur ? À partir d’une scène banale en apparence – quelques minutes dans une vie de bureau –, le jeune collectif Back Pocket va s’employer à tordre les horloges, le sens commun et la gravité. Imaginez un groupe d’employés qui, dans leurs gestes quotidiens, seraient soudain exposés à la touche Pause, Rewind et Fast Forward de la télécommande, manipulés par un Chronos survitaminé. Tout à la fois enfants de Jacques Tati (pour la comédie muette et moderniste) et de la NASA (pour la capacité à défier le champ gravitationnel), les cinq acrobates bâtissent une partition virtuose qui se suit avec la légèreté au cœur et le plaisir comme moteur.

Basé à Bruxelles, Back Pocket illustre bien ce qu’est le cirque contemporain aujourd’hui : un flamboyant alliage de nationalités et de virtuosité, bien décidé à en découdre avec la narration par le geste. Formés pour certains à l’Esac (Ecole Supérieure des Arts du Cirque de Bruxelles), ses membres viennent de France, des États-Unis et du Royaume-Uni. L’originalité de leur propos tient dans la volonté de se passer des agrès habituels du cirque. Tout repose donc sur les corps : Dominic Cruz, Devin Henderson, Michael Hottier, Maya Kesselman et Aurélien Oudot ne s’arrêtent jamais, épatants de disponibilité tout-terrain, tant en main-à-main pour la voltige de groupe qu’en contorsion et en acroportés. Ludique, l’espace de jeu mérite bien son nom : Goury, le scénographe de Yoann Bourgeois, a bâti dans le fer et le bois un mur transformiste, qui devient tour à tour escalier sans fin, maison de fable où les fenêtres cachent des surprises,… Dans ce grand mélange du temps, ne cherchez pas midi à quatorze heures ! Le grand (re)mixeur dans lequel passe la logique chronologique cherche avant tout un effet rafraîchissant et tonique – et le trouve joyeusement. " Laurent Ancion

La Vrille du Chat. Jusqu’au 21 juillet dans L’Occitanie fait son cirque en Avignon

"Exodus" de Patrick Masset. Un spectacle ludique interroge la condition des exilés.

(Lauréat des Prix de la Critique 2018 pour "Strach, a fear song") 

Je n’ai pas vu ce spectacle qui a beaucoup voyagé en Europe et par le monde mais la qualité de "Strach" plaide en faveur de ce spectacle antérieur, qui poursuit sa carrière européenne et même mondiale. Voici un résumé de sa note d’intention.

Ce spectacle allégorique pose des questions sur les grands mouvements migratoires à partir d’une expérience autobiographique. Les parents de Patrick Masset ont quitté la Belgique après la 2ème Guerre Mondiale pour trouver du travail au Canada. Un musicien irakien jouant du oud  témoigne lui aussi de ces mouvements migratoires sur terre ou sur des bateaux de fortune pour rejoindre l’espace Schengen.

Le spectacle se clôture par le "Sanddorn balance", un très beau numéro de cirque créé en 1996 par un artiste du "nouveau cirque", Mädir Eugster et qui repose sur un équilibre fragile à l’image de la condition des émigrés qui fuient les guerres et la famine. Patrick Masset qui défend un "théâtre/cirque citoyen" pratique une forme poétique, ludique et pluridisciplinaire en s’aidant de toutes les techniques anciennes et modernes (vidéo, théâtre, marionnette, cirque).

"Exodus" de Patrick Masset jusqu’au 21 juillet