Avignon 2011/ Bertrand Cantat plus fort que Sophocle et W.Mouawad dans "Femmes"

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On l’avait déjà noté dans Cesena d’Anne Teresa De Keersmaeker : la musique dominait le visuel, cette année, en Avignon.  C’est plus éclatant (et éprouvant) dans Femmes de Wajdi Mouawad. La trilogie de Sophocle est écrasée par le talent de Bertrand Cantat (pourtant physiquement absent).



Sophocle mis en scène par Wajdi Mouawad :

Un naufrage aquatique sauvé par le fantôme de Bertrand Cantat.

 

 

On attendait sans doute trop de Wajdi Mouawad dont la trilogie libanaise, Incendies,  Littoral, Forêts avaient enchanté Avignon il y a deux ans, après avoir enchanté Bruxelles, dans de plus petites formes, plusieurs années auparavant. L’esprit épique, rare à notre époque, le souffle mis à raconter une histoire à personnages multiples de manière pas « révolutionnaire » mais moderne laissait bien augurer du fabuleux défi dans la Carrière Boulbon : une nature rocailleuse, âpre, sauvage, un cadre béni pour trois tragédies grecques centrée sur les femmes : Les Trachiniennes, Antigone et Electre.


Première erreur de mise en scène : au lieu d’utiliser au mieux ce cadre propice, il l’écrase sous une horrible et gigantesque machine  à eau qui va périodiquement transformer les dialogues des héroïnes en  combat de sirènes sous le déluge. L’obsession aquatique en devient souvent comique  puisque les  personnages passent leur temps à se doucher, s’arroser de bouteilles d'eau, se couvrir d’un drap de plastic  protecteur Le comble dans le genre: une plongée à deux dans un tonneau  pour une joyeuse bataille navale digne d’une pub pour Sprite ou Evian. Avignon, c’est le festival des obsessifs. Après la plongée dans l’hémoglobine dans le pseudo Hamlet de Macaigne, voici la douche rafraîchissante qui nous faisait craindre pour la santé des comédiens , entre 1O du soir et 4H30 du matin.


On a, comme une majorité du public, à la première, enfilé les trois tragédies, de Déjanire, qui tue  Héraclès par erreur, à Antigone, victime de Créon ou Electre qui attend deux heures pathétiques la venue de son frère Oreste pour trucider leur mère et son amant, assassins d'Agamemnon.


Deuxième et  troisième erreur liées : confier la traduction au  poète Robert Davreux, qui en fait une  adaptation si" blanche", littérale,  archaïsante  qu’on s’écrase petit à petit sous le poids de l’ennui distingué. D’’antant que les comédien(ne)s sont laissé(e)s en plan à énoncer sans grâce ce texte interminable.  C'est le cas surtout pour les comédiennes, qui ont un rôle central, dans cette trilogie et se plantent  devant nous comme des cantarices à l’ancienne, jouant leurs arias face au public. Seuls les acteurs /actrices jouant Electre, Créon/Egisthe Hémon et  Oreste ont l’air de croire à leur texte et le défendent  plutôt bien. Ils ont un vrai potentiel, sous-exploité. (*sur leurs nom voir NB. final)


Enfin, quatrième erreur , "par défaut" : la grande nouveauté, confier le chœur à Bertrand Cantat et ses musiciens, est  si réussie qu’elle fait disparaître le texte ennuyeux sous la beauté de ses incantations. Même absent, en vois off donc, Cantat a plus de présence en quelques minutes que tout le texte en 7.h, de 9H30 à 4H30 du matin.On en vient à guetter les moments de bonheur où sa musique et ses paroles nous feront respirer dans cette longue nuit.


Conclusion : la mise en scène n’est pas à la hauteur …sauf quand c’est la musique qui prend le pouvoir !


NB1:  un regret :ne pouvoir  rendre hommage  à certains acteurs canadiens :   le petit programme distribué aux spectateurs du Festival  contient des noms d'acteurs  par ordre alphabétique, pas les  rôles de ces vaillants  Canadiens. Il en va de même de la quasi totalité des programmes distibués aux spectateurs, dans le monde "latin", de la France à la Belgique francophone ou au Canada ( et pas seulement au Festival d'Avignon).


*NB2: notables exceptions le petit programme au public de Kristin, de Katie Mitchell, produit par la Schaubühne, et de Sang et Roses,