Avignon 2010: Angelica Liddell ou la douleur sans partage

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C'est une des  seules révélations d'Avignon au bout d'une semaine. Angelica Lidell, actrice, performeuse, dramaturge livre un marathon sur la douleur des femmes battues sur le mode autobiographique et épique. Puissant, dans son excès, "La casa de la fuerza", la maison de la force.

Étrange spectacle que cette" maison de la force", le marathon du festival, près de 6h d'un spectacle qui commence à 9H30 et se termine au-delà de 3h du matin. Une "performeuse-actrice"  raconte sa vie douloureuse de femme, folle d'un homme qui la battait et qu'elle a fini par tromper, ce qui ne lui a pas porté bonheur non plus. Elle est espagnole mais transpose son histoire au Mexique parce que les femmes battues y détiennent un record. En même temps elle se déclare totalement individualiste, ne luttant que pour elle-même, car seule sa douleur lui importe. On assiste ainsi à une projection d'une vidéo qui se passe dans un hôtel de Venise, à l'époque de sa rupture et de la guerre d'Israël contre le Hamas, l'opération "plomb fondu".Mais entre la douleur des Palestiniens et la sienne c'est elle qu'elle choisit.

Un  exemple qui nous la montre plus proche de Frida Kahlo mais nuance: Kahlo était une vraie handicapée physique. Liddell prend un plaisir masochiste à se fendre le bras ou le genou devant pour nous prouver sa douleur. Elle est accompagnée sur l'immense plateau de deux" sœurs", "faire valoir" qui l'aident aussi à partager un texte très dur pendant un si long temps et à déplacer des objets encombrants "en force".

Un théâtre épique? Un théâtre de performance? Oui, puisque pour oublier leurs douleurs les trois dames punissent leurs corps par des exercices en salle de musculation , se mettent à transporter sur scène une douzaine de fauteuils et finissent par répandre un immense tas de charbon où elles s'enterrent pour mieux ressusciter à la fin de l'acte 2. Il était à ce moment 1h du matin et  et deux longues heures nous attendaient encore. Malgré l'énorme présence physique de ces trois dames j'avoue que ma volonté a faibli: le thème de la douleur répété à l'infini mais  de manière totalement narcissique, sans l'ombre d'un élan social  a fini par me lasser. Mais incontestablement le côté spectaculaire de cette performeuse "à la Fabre", avec un humour (rare) à la Sophie Calle a tenu le public en haleine jusqu'à 1h du matin...et plus. C'est rare à Avignon, cette année. Et c'est la première vraie surprise de qualité.

Cette femme a un talent fou dans le genre obsessionnel. Chapeau!

NB: plus visible à Avignon ni ailleurs en France ou en Europe. Mais elle n'a pas fini de faire parler d'elle: ce genre de confessions féminines est" mode"et efficace.

Christian Jade (RTBF.be)