Aurélie Dupont, l'accomplissement d'une danseuse "maison" de l'Opéra de Paris

Aurélie Dupont
Aurélie Dupont - © AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

Aurélie Dupont, qui prend la tête du ballet de l'Opéra de Paris, se sent comme "à la maison" au sein du temple de la danse, dont elle a gravi tous les échelons jusqu'à devenir l'une de ses étoiles les plus brillantes, connue en France comme à l'étranger.

Cette belle brune longiligne au port de reine a fait ses classes parmi les "petits rats" de l'école de danse de l'Opéra, où elle entre à 10 ans. Elle a rappelé jeudi devant la presse avoir passé "32 ans dans cette maison" et "17 ans en tant qu'étoile".

"Avec l'Opéra, c'est vraiment une histoire d'amour. Qui rentre y perd son âme, on tombe amoureux de cette maison et de ce qu'elle représente", a-t-elle souligné. Son profil la place à l'extrême opposé de l'"outsider" Benjamin Millepied, propulsé à la tête du ballet en 2013 après une carrière fulgurante aux Etats-Unis.

Benjamin Millepied, qui lui avait confié de très beaux rôles dans ses créations à l'Opéra, avait salué en mai dernier sa "musicalité, (son) élégance, (son) savoir d'actrice", alors qu'elle partait à la retraite. Elle raccrochait alors ses chaussons à 42 ans comme tous les danseurs, dans un grand ballet tragique comme elle les aime, "'L'Histoire de Manon".

Pur produit de l'école de danse, Aurélie Dupont a aussi connu les souffrances d'un enseignement extrêmement exigeant, voire rigide. Elle disait avoir dû se barder dans une armure de "warrior". "Pour me rendre intouchable, j'avais compris qu'il fallait avoir une technique irréprochable" confiait-elle.

Cette perfectionniste a dansé tous les grands ballets du répertoire mais sa vraie personnalité s'est révélée après sa rencontre avec Pina Bausch, qui l'a choisie pour incarner le rôle de l'Elue dans "Le Sacre du Printemps" en 1997. "Pina Bausch est arrivée à un moment où j'avais des doutes. Elle m'a dit: +Je t'ai choisie pour tes faiblesses, c'est ça qui me plaît chez toi.+ Elle m'a mise à poil complètement. J'ai compris que si j'acceptais de baisser la garde, j'allais sortir du carcan où je m'étais mise."

Devenue apte à incarner les héroïnes fragiles et passionnées, de "La Dame aux camélias" à "Roméo et Juliette", elle devient l'étoile des grands rôles tragiques. "A chaque fois que je meurs à la fin, j'adore!", lance-t-elle en riant. "Je suis complètement le personnage, je suis Manon, je suis Juliette!" s'exclame-t-elle.

'Je vais prendre mon temps'

Mariée au danseur étoile Jérémie Bélingard, Aurélie Dupont a su concilier vie d'artiste et vie familiale, avec deux petits garçons. Depuis, plusieurs étoiles -Dorothée Gilbert, Eleonora Abbagnato, Marie-Agnès Gillot- lui ont emboîté le pas, et la maternité n'est plus une exception à l'opéra.

Elle a fait le voeu jeudi de "faire de son mieux", affichant une grande modestie, en rupture avec le glamour et l'assurance de son prédécesseur.

"Je me suis dit: +Oui, Aurélie tu es légitime pour le faire, tu peux le faire, c'est ta place, c'est ta maison+", a-t-elle lancé lors de la conférence de presse annonçant sa nomination. "C'était difficile de quitter la scène il y a quelques mois", a-t-elle confié, tout en soulignant n'avoir "aucun talent pour la chorégraphie", contrairement à Benjamin Millepied, écartelé entre son rôle de directeur et ses envies de créateur.

Elle a souligné se situer dans "la continuité" de son prédécesseur, tout en soulignant que "l'Opéra, c'est une vieille dame et il faut la respecter". "On ne peut pas la changer tout de suite."

"Je suis quelqu'un de très patient, il y a des choses qu'il faut faire bouger, je vais prendre mon temps", a-t-elle promis.