Armel Roussel- Après La peur : Je t'aimerai pour tout ce que j'ignore de toi

Après la peur - Larissa Corriveau, Gilles Poulin-Denis
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Après la peur - Larissa Corriveau, Gilles Poulin-Denis - © Nicolas Hubert

En novembre 2014, nous découvrions le chantier, le défi artistique Après la Peur d’Armel Roussel / [e]utopia3 avec la complicité de Sarah Berthiaume et Gilles Poulin-Denis. Aujourd’hui, nous découvrons la création au Théâtre Les Tanneurs. Ici, l’art, la ville, la communauté est à facettes. Enfin.

 

Il y a dans le travail de mise en scène d’Armel Roussel le désir impétueux, de forcer les formes, d’aller toujours plus haut. Ce trait de caractère résonne encore plus dans Après la Peur. Chaque chambre (12) – voiture mobile, parcours extérieur, appartement, voiture immobile - est empreinte de cet élan (résolution) qui fait que la pièce/stations se révèle dans une forme joyeusement monstre, agitée, pleine de volutes.

Cette nuit, nous nous passerons par tous les états et nous le ferons ensemble. Le pacte est scellé dans la grande salle des Tanneurs transformée en bar/dance floor, boule à multi-facettes et néons colorés suspendus dans les airs. À Bruxelles, nous formerons une communauté de pensée tout en continuant de nous aimer sur des motifs de musique très ’80 – ’90. C’est la marque du metteur en scène belge.

- " Je t’aime tant "-, souffle la voix d’Elli sur une composition de Jacno avant qu’elle ne vole en éclats. L’odyssée commence. Nous pouvons choisir au moins quatre chambres.

Armel Roussel semble se reconnaître tout autant dans le personnage de Dany, à la fois meurtri et porté par son histoire d’amour, brûlante et impossible, avec Salvo (l’extraordinaire comédien québécois Dany Boudreault) dans la chambre sensualiste 6 Sara Perche Ti Amo/Salvatore Calcagno & Dany Boudreault que dans la folle épopée de l’actrice/gorille (frondeuse interprète et conceptrice Selma Alaoui) fondée sur une révolution faite à plusieurs dans une voiture mobile, chambre 1 Queen Kong. Ou encore dans la chambre 2 Cet homme conçue par l’auteure et comédienne québécoise Sarah Berthiaume, parcours dans les Marolles aux curieuses échappées solitaires en quête de celui qui ne porte pas de nom, le sans nom bienveillant qui hante les rêves des voix qu’on entend dans nos casques. Par l’étourdissement d’une phrase reprise : " La nuit, je mens", d’autres histoires naissent, les tiennes, les miennes, les nôtres d’où jaillissent des vérités cruelles sur l’amour, la difficulté du bien vivre ensemble et tous les kilomètres encore à parcourir. Nous croyons reconnaître le visage inconographique d’Arthur Rimbaud par l’américain David Wojnarowicz. Qui connaît les influences qui traversent l’œuvre d’Armel Roussel sait combien celle de DW, l’est.

La majesté soudaine de la ville de Bruxelles, la nuit, nous soulève. La vôtre aussi, Armel Roussel, Selma Alaoui, Guillaume Istace, Nicolas Brans, Sarah Berthiaume, Sophie Clément, Vanja Godée, Soeuf Elbadawi, Camille Laujol, Julia Le Faou, Gilles Poulin-Denis, Uiko Watanabe, Julien Mabiala Bissila, Aminata Abdoulaye, Tom Adjibi, Jean-Marc Delhausse, Ansu Dhiediou, Vincent Minne, Dorcy Rugamba, Aymeric Trionfo, Sophie Sénécaut, Grégoire Tirtiaux, Pauline Dujardin, Dany Boudreault, Jean-Baptiste Calame, Marie-Aurore D’Awans, Denis Laujol, Diego Istaro, Salvatore Calcagno, Julien Jaillot, David Murgia, Larissa Corriveau, Milan Boëhm, Olivier Girouard, Joël Maillard, Jean Coërs, Florence Minder, Karim Barras, Olivier Girouard, Brice Cabioch, Adrien Letartre, Gaspard Schelck, Romain Cinter, les habitants de Montréal, Bruxelles, Limoges et Paris.

Et " même si subsistent encore beaucoup de questions ", l’art, la ville et la communauté, fugaces et fragiles, se réinventent, ici, comme des oscillations lumineuses qui deviennent des aiguillons. De nouveaux paysages apparaissent dans un fondu progressif de sons, avant le silence.

 

Après la Peur de Armel Roussel / [e]utopia3 avec la complicité de Sarah Berthiaume et Gilles Poulin-Denis , du 29 septembre au 3 octobre 2015 au Théâtre Les Tanneurs à Bruxelles.