Anne Teresa de Keersmaeker donne forme aux mots de Rainer Maria Rilke

Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke World Premiere Ruhrtriennale
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Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke World Premiere Ruhrtriennale - © Herman Sorgeloos

Sur le plateau, la chorégraphe et interprète Anne Teresa de Keersmaeker exhume, avec force et beautés, l’œuvre Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke de Rainer Maria Rilke. Gestes précieux. Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke – De la danse à la littérature comme dans la vie

 

Il n’y a pas que l’avenir qui s’invente. La langue de Rainer Maria Rilke, aussi. Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke (1904) prend la forme qu’Anne Teresa de Keersmaeker lui donne, un vaste champ de manœuvre qui puise, tout près du monde, dans l’angoisse existentielle, le romantisme, la fantasmagorie, l’amour et la mort.

Le tragique des aînés est bien là, submergé par les forces obscures de la guerre, de l’Empire d’Autriche contre l’Empire Ottoman, il déferle sur le plateau en 2015. Le retour aux racines de la littérature autrichienne signe étrangement le retour à nos nations contemporaines troublées…

Pourtant dans le désordre de la guerre de Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke, il n’y a pas de plus belle déflagration que l’amour, celui du marquis français pour sa belle et celui du cornette Christoph Rilke (ancêtre de Rainer Maria Rilke), vécu une nuit dans un château de Hongrie, juste avant de mourir.

Dans la pièce de danse Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke, la lumière vient de la charge émotionnelle dévastatrice de la flûtiste Chryssie Dimitriou – elle théâtralise notre vertige à travers les notes soufflées - et le geste, sombre et puissant, d’Anne Teresa de Keersmaeker et de Michaël Pomero est indissociable de la dimension spirituelle du verbe, Rainer Maria Rilke empruntant sa " brutalité " élévatrice, presque rédemptrice.

Ici, le plateau est l’espace ouvert, étiré jusqu’à l’extrême (Michel François), il imagine des horizons éthérés gris-taupe où l’amour se mêle à la figure de la Sainte faisant de l’amoureux, un illuminé. Le premier amour ne peut-il être que divin ?

Comment bousculer la scène, la danse ? Anne Teresa de Keersmaeker dit dangereusement les mots de Rilke. Elle les sublime, parfois dans l’étourdissement, parfois dans la défiance, dans un bain de lumière rouge sang (comme une matrice), peut-être pour être toute à ses gestes heurtés et à leur flamboiement. Elle veut que chaque mouvement, chaque mot soit mémorable.

Puissante, la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker continue d’élire les figures de la danse dans la littérature comme dans la vie. Leur rapprochement n’est pas anodin. Il y a, à la fin de Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke, ses chaussures et celles de Chryssie Dimitriou et de Michaël Pomero, elles sont posées sur le plateau. En arrière plan, comme une image/rappel, il y a celles sur la Place de la République. Sur la banderole, il est écrit: " Paris en marche, pour le climat. "

 

Sylvia Botella

 

Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke par Anne Teresa de Keersmaeker, du 2 au 4 décembre 2015 au Kaaitheater/La Monnaie à Bruxelles, les 29 et 30 avril 2016 à La Magdalenzaal à Bruges et du 19 au 21 mai 2016 au DeSingel à Anvers.