ANNE-CECILE VANDALEM SUPERSTAR ? 17 pages sur elle dans "ALTERNATIVES THEATRALES" consacré à " La création au féminin".

Benoît Ugeux et Anne-Cécile Vandalem dans Zai Zai Zai, première création (2003) de Das Fraulein Kompanie.
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Benoît Ugeux et Anne-Cécile Vandalem dans Zai Zai Zai, première création (2003) de Das Fraulein Kompanie. - © dasfrauleinkompanie

La revue Alternatives Théâtrales a changé de direction depuis janvier 2016. Bernard Debroux qui l’avait créée en 1979 et Georges Banu, qui la codirigeait depuis 1998, restent évidemment membres du comité de rédaction. Mais les copilotes sont désormais trois : Antoine Laubin, metteur en scène, Sylvie Martin-Lahmani, chargée de cours à la Sorbonne, directeurs artistiques et Laurence Van Goethem, directrice administrative et passionnée de culture italienne. Auparavant 2 hommes à la tête de la revue, aujourd’hui 2 femmes et 1 homme. Sylvie en sourit, soulignant le nombre de collaboratrices féminines sous l’ancienne direction. Mais que le premier numéro qu’elle ait "fabriqué ", le 129, soit intitulé "Scènes de femmes. Ecrire et créer au féminin " n’est évidemment pas dû au hasard. Pas plus que le dossier de 17 pages, coordonné par Selma Alaoui, consacré à Anne-Cécile Vandalem:

"C’est une femme de talent  pour Sylvie Martin-Lahmani. Son spectacle "Tristesses", une fable politique sur l’extrémisme, est une grande réussite. Elle est mise en scène avec virtuosité et subtilité, tant pour  le jeu des acteurs que l’usage de la vidéo Nous avions envie de la faire connaitre davantage en France et en Europe car le festival d’Avignon est une plateforme pour l’international ".

Et bingo, ça marche du tonnerre à Avignon où Anne-Cécile est plébiscitée et par le public et par l’ensemble de la critique française, du Monde au Figaro, de Libération aux Inrocks. Voici son interview réalisée lors de la présentation du  numéro dans l’espace IN "Ateliers de la pensée".

Interview d’Anne-Cécile Vandalem (ACVD) par Christian Jade (CJ) sur « Tristesses » et le féminisme « décomplexé ».

C.J : Vous êtes la première artiste belge francophone -tous sexes réunis- à faire, au Festival d’Avignon, l’unanimité de la presse…française. Et l’accueil du public ?

ACVD : Il est génial ! J’ai une référence à l’audition lorsque je suis dans les coulisses et que j’entends le spectacle se jouer dès la première minute. Et là je peux dire que le rapport semble très bien passer. On rit beaucoup .Parfois cela empêche le spectateur de rentrer dans la réception de l’histoire Mais cela nous porte. On sait qu’ils sont avec nous.

C.J : La plupart de vos spectacles sont jusqu’ici centrés sur l’intime, du couple ou de la famille. D’où vient votre élargissement au politique ?

ACVD : Je voulais explorer la relation entre l’isolement et la fiction à travers trois chemins : l’intime ((" Self) Service "), la famille (" HABIT(U)ATION ") et le politique (" After the Walls ") sur le thème de la destruction. " Tristesses " pose un regard différent sur le monde. Ce sujet permet des clés d’entrée pour d’autres pays car nous sommes tous concernés par la montée du nationalisme et l’état désespérant du monde dans lequel on vit.

CJ : La revue Alternatives Théâtrales vous consacre 17 pages cette année. Votre réaction ?

ACVD : Je me suis sentie honorée par ce dossier de Selma Alaoui. 5 personnes ont analysé mon travail sous des angles différents que j’ai pu suggérer. C’était important pour moi, par exemple, que Patrick Corillon écrive pour me mettre en relation avec d’autres artistes plasticiens. Le travail de Benoit Hennaut sur l’ensemble de mon parcours me plaît également. C’est aussi une chance de pouvoir montrer la cohérence entre mon théâtre, mes projets vidéo et mes performances. Certains disent que je suis transgenre ou hybride alors que cela vient pour moi d’une seule source dont seuls changent la forme, les moyens, les outils et le contexte avec lesquels je vais les développer.

CJ : Par rapport à ce numéro d’"Alternatives Théâtrales" sur le féminisme, où vous situez-vous?  Dans un féministe "apaisé"?

ACVD : Nous ne sommes pas complètement apaisées. Nous sommes nées avec la pilule contraceptive, l’avortement, les crèches, etc. Nous avons hérité de certains avantages d’un combat que nous n’avons pas dû mener. Ainsi, nous n’avons pas dû nous poser autant de questions pour arriver là où nous en sommes aujourd’hui. Cela nous permet d’être " décomplexées " mais nous sommes encore confrontées à certaines inégalités hommes/femmes. Si j’ai rendez-vous avec une directrice ou un directeur de théâtre, ce n’est pas le même traitement. La différence entre le féminisme d’avant et celui d’aujourd’hui, ce serait pour moi de ne pas être dans un rapport d’opposition mais dans un rapport où l’on assume notre féminité. Refuser la séduction nous met dans un rapport d’exclusion. Il faut l’assumer, le reconnaitre et en être lucide. Cela annonce tout un jeu de stratégies ludiques de contournements et d’adaptations qui peut nous rendre joyeuses. Parce que cela peut être très joyeux !

Scènes de femmes , écrire et créer": le numéro 129 (suite).

En écho à cette réflexion Sylvie Martin-Lahmani reconnaît les différences de perception du féminisme selon qu’on ait 30 ou 50 ans. " Nous vivons effectivement notre féminisme différemment. Il y a les femmes à l’ancienne dont je fais partie avec un côté militant et la volonté d’imposer des quotas car je trouve cela insupportable que les talents féminins ne soient pas autant représentés que les talents masculins. Je suis consciente que le fait d’instaurer des quotas n’est forcément une manière d’imposer des femmes en raison de leur sexe mais je suis persuadée qu’elles ont tout autant de talent que les hommes ici ou là. On devrait les voir à des postes de direction, de metteuses en scène et d’autrices sans que cela ne soit un parcours de combattant. "

Le numéro 129 contient aussi, sur le féminisme, une partie théorique, un colloque sur "écriture et création au féminin", une étude historique sur le lien, bien oublié, entre " misogynie et théâtrophobie" ou encore sur la difficulté d’un théâtre moderne en Algérie. Un "cahier critique" sur les rapports entre sexe/genre, masculin/féminin dans la création contemporaine. Avec, notamment,  une contribution de Laurence Van Goethem sur 3 créatrices italiennes, dont Emma Dante et une anecdote significative d’Antoine Laubin sur….Anne-Cécile Vandalem. Et deux contributions "mâles" centrées, tiens, tiens, sur le nu féminin, …distancié, of course. " Camille Mutel, l’exposition nu(e) " (Christophe Triau) et ""Puissance d’intranquillité" des corps à nu" (Martial Poirson). Et des interviews d’artistes, dont Myriam Saduis ou Maëlle Poésy sur leur rapport au féminisme. Sans compter les nombreux renvois au blog d’Alternatives Théâtrales (http://blog.alternativestheatrales.be) pour d’autres articles qui ne " tenaient " pas dans ce riche numéro. Désormais réduite à 80 pages, plus petite, la revue est désormais mise en pages non plus par " l’historique " Patrice Junius mais par une …femme, Aline Baudet, sa…disciple. Continuité et ouverture, en somme, comme le confirme sa co-directrice française : Nous nous soucions toujours du théâtre contemporain, dit Sylvie Martin-Lahmani, en mêlant les approches historique et philosophique des arts de la scène. Mais nous avons également envie de parler de plus en plus d’artistes de toutes origines, y compris des arts du cirque, de la rue, de la marionnette et de la danse. "

NB : le numéro 128, " There are alternatives ", patronné par Antoine Laubin, paru en avril et présenté au Théâtre des Doms, propose, notamment, une belle analyse de " Rumeurs et petits jours " du Raoul Collectif, dont l’humour a été souligné par la presse française en Avignon. Et de " Darius, Stan et Gabriel contre le monde méchant " de Claude Schmitz.

NB : ces numéros 128 et 129 sont en vente dans toutes les "bonnes" librairies. Consultez aussi le site d’A.T : http://www.alternativestheatrales.be

 Christian  Jade (RTBF.be)