Alive - Ainsi vécut Black!

Alive  -  Ainsi vécut Black!
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Alive - Ainsi vécut Black! - © breda.D

Voici venu le temps pour le metteur en scène et comédien Emmanuel Dekoninck de tuer Black, le cow-boy mythique qu’il avait créé, adolescent, pour illuminer le réel. Vivre, c’est parfois laisser mourir.

 

Dans Alive, il y a la biographie (Emmanuel Dekoninck), la dévoration de l’adolescence difficile, du décrochage scolaire et dans un zoom brutal sur le pensionnat du Collège Sainte-Croix, la vie qui peine à respirer. Par un étrange tour de passe-passe, l’adolescent crée Black, le héros mythique (tragique) au colt, la silhouette sombre dotée de pouvoirs surréels qui est autant le masque que la vérité nue de l’enfant perdu dans le désert.

Black, le cow-boy surplombe le désert à l’échelle de la chambre ni ennemi ni bienveillant, seulement patient attendant que la Providence lui livre des têtes mises à prix. Il est une totalité à lui seul, une dynamique de (sur)vie capable de produire des transformations et de réinventer (illuminer) le réel. Mais l’ami imaginaire est aussi la menace constante de l’accident, de la vie séparée, non inscrite dans un monde commun, dévorée par les forces joyeusement destructrices de la fiction.

Ce soir, le metteur en scène et comédien Emmanuel Dekoninck s’en souvient avec Benoît Verhaert Gilles Masson et Juan Borrego (présence mutique), il a décidé de tuer le héros au Théâtre de la Place des Martyrs, celui qui pourtant l’a mené au théâtre et lui a épargné tant de peines. Il faut vivre et laisser mourir.

À notre surprise, regardée depuis le hors champ, la pièce n’est pas si naïve, ni premier degré. Avec la complicité de Hélène Theunissen, Philippe Blasband, Benjamin Vanslembrouck, Renata Gorka, Émilie Guillaume et Dominique Bréda, le théâtre ouvre les portes de réalités très éloignées dans le temps et l’espace, elles fusionnent. Ici, l’art et la vie se confondent, les personnages/comédiens vivants (beaux de simplicité et de générosité) dialoguent sans cesse avec les spectateurs, les invitent à entrer dans le western/musique live pour tuer Black. Ils donnent l’impression que ce sont eux qui scrutent les spectateurs et non l’inverse.

Le détail règne. Le détail du visage, de l’attitude, du vêtement, de l’accessoire, etc. Il est habité, il est fétiche. La dimension très culture pop façon country rappelle les films fleuves de John Ford, les grands mythes de l’Amérique où l’homme est à la fois grand et petit, les chaises renversées, la figure du cow-boy blasé, les bagarres, les saloons où les lumières contrastées et la ligne claire du plateau ne sont que les masques de la longue traque résolue de Black par Emmanuel Dekoninck. Les rimes visuelles et musicales (magnifiques réorchestrations live de Gilles Masson) sont dans les plis, elles sont le signe du plaisir aussi. Il déborde de partout.

Alive est une véritable explosion libératrice de joie et de la force vitale. Dans les rythmes dispersés, on entend Ah, ah, ah, ah, Stayin’ alive, stayin’ alive des Bee Gees. La vie, pas la guerre.

 

Alive de Emmanuel Dekoninck du 16 décembre 2015 au 3 janvier 2016 au Théâtre de la Place des Martyrs à Bruxelles: www.theatredesmartyrs.be