Alda Greoli .Opération 'Bouger les lignes' : suite mais pas fin.

Alda Greoli et Sven Gatz aux Prix de la Critique 2016
Alda Greoli et Sven Gatz aux Prix de la Critique 2016 - © Benoît Matterne

L’opération ‘Bouger les lignes’ lancée il y a 2 ans par la Ministre de la Culture Joëlle Milquet a été poursuivie  et approfondie par Alda Greoli qui lui a succédé. Sa philosophie est de consulter tous les secteurs culturels via 18 ‘comités de suivi opérationnel’(le CSO). Hier elle a synthétisé publiquement en 40 propositions les enseignements qu’elle tire de cette consultation, notamment à la veille d’examiner les contrats programmes du secteur des arts de la scène. Les professionnels éplucheront les 25 pages ligne par ligne. Nicole Debarre (ND) et Christian Jade(CJ) ont interviewé la Ministre Alda Greoli (AG)  sur quelques points concrets, dont son ‘front commun’ avec Sven Gatz, Ministre flamand de la Culture, pour améliorer le statut (fédéral) de l’artiste. Mais d’abord le point sensible, actuel, la fameuse réduction du financement  des institutions de -1%,  qui a fâché le secteur arts de la scène en décembre 2016.

 

NC/CJ : Vous avez déclaré qu’il n’y aurait pas cette suppression d’1% dans les enveloppes budgétaires de chaque théâtre. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Pour rappel il n’y a eu qu’une seule fois la suppression de 1%, elle a été reconduite sans être cumulative .Mais dans le cadre de l’ajustement budgétaire, comme je m’y étais engagé en janvier devant tous  les membres des arts de la scène, j’ai pu obtenir 3,2 millions supplémentaires de plus dans mon budget. Et donc je vais pouvoir octroyer des montants dans le secteur culturel et en particulier dans le secteur des arts de la scène.  Il ne s’agit pas de remettre le 1% ou de parler d’indexation  mais d’octroyer ces 3,2 millions pour amorcer une forme de rattrapage.

ND/CJ : Parmi les 40 actions que vous proposez comment comptez-vous améliorer la condition de l’artiste?

AG : Ces 40 actions sont la traduction très concrète d’une nouvelle philosophie pour l’ensemble des politiques culturelles, j’insiste sur l’ensemble. Prenons un exemple, l’amélioration du renforcement de l’action artistique. Certains enjeux nous obligent à une concertation avec le fédéral. Nous avons formé un groupe de concertation  avec mon collègue flamand Sven Gatz pour faire des propositions communes dans un dialogue avec le fédéral. Mais il y a aussi la qualité des contrats-programmes : un des critères d’attribution des subsides sera la qualité de l’emploi artistique. Et la formation initiale des artistes : quelle place est laissée à la perspective de reconversion ? Je pense aussi à la formation des circassiens ou aux danseurs  qui ont une carrière professionnelle relativement courte et qui à un moment donné doivent se ‘reconvertir’’ vers une autre activité artistique qui doit être pensée dès leur formation.

ND/CJ : L’amélioration du statut de l’artiste ça ne dépend pas que de vous mais du fédéral. Avez-vous des moyens de pression ou des ‘amitiés particulières’ à ce niveau ?

En politique les ‘amitiés particulières’ je n’y crois guère ! Mais faire fonctionner un Etat fédéral de manière plus efficace, ça j’y crois vraiment. Comment ? D’abord en créant un groupe de travail commun entre mon cabinet et celui de Sven Gatz, mon homologue flamand, afin que ce que nous allons proposer comme avancée dans les statuts soit commun aux deux grandes communautés. En associant aussi à notre groupe notre collègue germanophone Isabelle Weykmans. Sur cette base nous pouvons dialoguer avec le fédéral et les régions. L’amélioration du statut de l’artiste c’est à la fois sa reconnaissance sociale au niveau fédéral mais aussi l’amélioration dans le cadre de son statut hybride au niveau du chômage. Avec des règles en matière de disponibilité, de prise en compte de la période de création, de possibilité d’étaler sur plusieurs mois un apport financier (puisque les artistes ont des ‘pics’ et des ‘creux’ en matière de revenus et donc la fiscalisation doit être adaptée à ces revenus intermittents). Sur ces problèmes concrets nous avons envie d’avancer avec Sven Gatz et aboutir à un accord avec le fédéral et les régions en  2018.

ND/CJ : Qu’entendez-vous par renforcement de l’emploi artistique ?

Ca va de la maquilleuse au technicien en passant par l’artiste lui-même. Ma volonté est que l’ensemble de ces emplois soient organisés à l’intérieur de contrats qui respectent les personnes. Mais un dialogue est nécessaire  avec l’ensemble des ministres de l’Emploi qui ont le contrôle des emplois disponibles via l’Onem, le Forem ou Actiris. Un dialogue est indispensable avec les responsables et employés du Forem qui doivent être formés pour comprendre: c’est quoi une période de création ? Une période d’entraînement ? Une ‘disponibilité’ dans l’emploi artistique ? Il faut avancer sur ces domaines très ‘pratiques’.

ND/CJ : Comment régler le problème de la transition professionnelle en début et fin de carrière ?

Cela concerne tous les métiers du secteur artistique mais plus particulièrement les circassiens et les danseurs. On a de jeunes artistes qui sortent bien formés des écoles d’un point de vue technique et qui ont acquis des compétences liées à leur art. Mais souvent ils ont été moins bien préparés soit pour lancer leur propre entreprise soit pour prévoir leur reconversion possible au bout de leur carrière. Pour lier début et fin de carrière  le compagnonnage n’est pas du tout soutenu. Nous allons favoriser cette demande venue du milieu d’aller beaucoup plus loin dans cette matière.

ND/CJ : Un des mots clefs de vos propositions c’est ‘mutualisation’. Pouvez-vous préciser ?

Je mets toujours ‘mutualisation’ en rapport avec liberté d’association. L’initiative de vouloir travailler ensemble doit donc venir du ‘terrain’ culturel. Dans le domaine de la diffusion artistique on a une créativité très vivace en Communauté française. Mais pour l’information et sa diffusion on a encore beaucoup de chemin à faire. La mutualisation des efforts sur les plateformes d’information ou dans la diffusion des programmes n’est pas encore au point. Mais il y a des exemples encourageants. Exemple : 2 grands orchestres de ce pays l’OPL (Liège) et  l’ORCW (Mons) ont décidé de collaborer étroitement sur des points très concrets. Par exemple en cas de congé d’accouchement ou de maladie si un(e)musicien(ne) n’est pas disponible, ils vont d’abord voir dans l’autre orchestre si quelqu’un est disponible. La mutualisation à ce niveau est très efficace.

ND/CJ : Et au niveau des théâtres ?

Mais regardez par exemple toute la dynamique entre le Théâtre de l’Ancre et le Théâtre de Poche pour mutualiser leur investissement au Festival d’Avignon (NDRL : création d’un espace commun, l’Eldoradôme, dont nous parlons par ailleurs).Le Théâtre National joue aussi son rôle à ce niveau-là.

ND/CJ : Un autre mot-clef dans vos 40 propositions c’est le ‘numérique’ dont vous souhaitez le renforcement.

Au théâtre aujourd’hui le numérique fait partie intégrante de la création. Mais dans les arts plastiques également la création de collections et leur conservation sont importantes pour les rendre accessibles ou public dans le futur mais aussi pour établir des liens avec la recherche dans les universités.

ND/CJ : Et le numérique dans les contrats programmes ?

Je vais voir dans les contrats programmes que je vais examiner la part donnée au numérique mais ce ne sera qu’un des critères évidemment. J’ai aussi insisté sur la qualité de l’emploi, le rapport à l’école et l’accessibilité de la culture.

Nicole Debarre et Christian Jade RTBF.be