"Aide-moi", un peu d'entraide dans ce monde de brutes

Aide-moi, de la Compagnie Che Cirque
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Aide-moi, de la Compagnie Che Cirque - © Michael Roemers

Quoi de plus symbolique, quand on pratique l’art dans la rue, que de faire un spectacle sur la rue ? Quel meilleur ambassadeur que l’acrobate, voué à se rendre vulnérable sur la piste, pour évoquer le sans-abri, condamné à une vie précaire sur le trottoir ?

Cet émissaire d’un genre particulier, c’est l’Argentin Juan Cersosimo. Ce clown-clochard a beau faire la manche, c’est finalement lui qui nous rend plus riches à la fin du spectacle. On l’avoue, on a pourtant eu des doutes, au début, sur le bon goût de toute cette histoire. Alors qu’il débarque en cul de jatte, se jouant d’une prothèse méchamment bricolée, au pneu dégonflé, on rit forcément un peu jaune.

Comment se gausser de drames que l’on sait bien réels ailleurs ? Dans un français baragouiné, teinté d’un accent qui renvoie inconsciemment aux Roms, notre mendiant tente de nous prendre par les sentiments et finit par escroquer le public avec ses bijoux de pacotille. Sans scrupules, il emprunte quelques spectateurs pour trafiquer des photos ou, bien pire, se met à voler de l’argent dans l’écuelle d’un compère d’infortune, sous les huées à moitié amusées du public. Nous voilà alors sérieusement sceptiques à l’idée d’enfoncer d’obscurs clichés sur une certaine misère venue des Pays de l’Est.

Puis, imperceptiblement, le ton bascule. Sous sa couverture miteuse, le misérable voisin, affalé sur un banc public, se révèle être une marionnette totalement attachante, et notre mendiant crapuleux finit par questionner l’indifférence collective vis-à-vis des laissés-pour-compte. Entre les tours de vélo acrobatique, – petite touche de cirque dans un spectacle qui flirte surtout avec le théâtre de rue – Juan Cersosimo fait surtout pédaler notre cœur avec cette rencontre entre deux clochards, l’un jeune et dynamique, l’autre vieux et fatigué.

Créée par Valentin Périlleux, la marionnette a beau être en guenilles, elle dégage une tendresse en or. Sur la piste du Che Cirque, les accessoires sortent des poubelles, les numéros se font avec des bouts de carton, la poésie pousse des interstices du trottoir et c’est justement cet art des petits riens qui fait un grand tout. À l’image de la fin, où un simple jeu sur les mots résume tout l’enjeu du spectacle. Un peu d’entraide dans ce monde de brutes.

article extrait du n°13 de C!RQ en CAPITALE

À voir le 1/10 à la Fête de la Pomme, à Liberchies ; les 14 et 15/10 au Festival Les Tailleurs, à Écaussinnes

C!RQ en CAPITALE est le magazine de la vie circassienne à Bruxelles. Edité par l'Espace Catastrophe, il rend compte de l'actualité du cirque contemporain et plonge au cœur d’un ‘boom’ qui touche tous les secteurs : spectacles, stages, formations, projets sociaux...

Le n°13 vient de sortir, il est disponible gratuitement dans différents lieux à Bruxelles, et en ligne ici.