"Ad noctum", la danse de couple réinventée par Christian Rizzo à Montpellier

Le chorégraphe français Christian Rizzo
Le chorégraphe français Christian Rizzo - © SYLVAIN THOMAS - AFP

Une femme et un homme réveillent les pas des danses de couples anonymes dans une obscurité bruyante et magnifiée: "Ad noctum" la dernière création du chorégraphe et plasticien Christian Rizzo, travaille le duo populaire jusqu'au vertige.

Entamé dans le silence et dos à dos, ce pas de deux s'anime, comme guidé par un monolithe source de lumière, de son et d'images qui suspend le temps et l'espace. Les regards se font face, les corps s'effleurent et se touchent avec retenue.

Partie, explique Rizzo, directeur du centre chorégraphique national (CCN) de Montpellier, d'un "tango appris par coeur et désossé", jusqu'à y faire apparaître des traces de valse et de menuet, cette nouvelle chorégraphie ressuscite "les pas".

Elle permet à l'écriture scénique d'être régie par la contradiction entre un point fixe et un mouvement de spirale, propres à la danse de couple.

Second volet d'un triptyque entamé avec "D'après une histoire vraie" qui, en 2013, mettait en scène une danse collective masculine inspirée de la tradition turque, "Ad noctum" célèbre l'obscurité - du couple, de la vie, des idées.

Les danseurs emblématiques Kerem Gelebek et Julie Guibert se livrent jusqu'à l'évanouissement à des cycles de tournoiements, sur un sol zébré de noir et blanc et dans un jaillissement de lumières, de sons, inspirés d'un lointain souvenir des nocturnes de Chopin, et d'images de synthèse.

L'obscurité interrompt leurs gestes, mais du mouvement renaît sans cesse la lumière. Jusqu'à un final déroutant: le surgissement de deux corps gémellaires blancs.

Rizzo, l'artiste aux multiples facettes, qui se demande à 50 ans "de quoi sa colonne est faite", a peut-être trouvé dans "Ad noctum" la réponse à la question qui le hantait en 1999, dans "100% Polyester". Dans ce "spectacle purement mécanique", des robes siamoises mues par un système de ventilation remplissaient des espaces dévolus en discothèques aux "go-go dancers". Rizzo cherchait alors "les corps qui habitaient ces fantômes-là". Avec "Ad noctum", sans doute les a-t-il trouvés.

Après avoir été créée cette semaine au Théâtre universitaire La Vignette à Montpellier, en coopération avec le festival Montpellier Danse et le CCN, "Ad noctum" sera notamment à Paris au Centre Pompidou du 17 au 20 février 2016.