Achille " Antihéros ". L'autoportrait de Ridolfi caricature en douceur le monde du cinéma. Délicieux. ***

Achille Ridolfi dans "Anti-héros"
Achille Ridolfi dans "Anti-héros" - © DR TTO

Achille Ridolfi passe régulièrement du théâtre, sa formation de base, au cinéma où il a remporté un Magritte en 2014 (jeune espoir dans le film de Vincent Lannoo " Au nom du père ", sur la pédophilie dans l’Eglise). Fin observateur des deux mondes, il nous fait cadeau d’un seul en scène plus proche de la comédie que du stand up (dont le rire à tout prix est le moteur).

Et pourtant on rit ou on sourit dès les premières secondes du show où le dialogue avec le public s’établit d’emblée. Du style : " Je suis un m’as-tu vu et vous ? J’ai voulu devenir une vedette, c’est raté mais vous voulez essayer ? Circulez, y’a beaucoup à voir et j’ai des tas de recettes pour vous " Et c’est parti pour un tour de piste où il propose à Julie, Franck ou Ginette, les inconnus picorés dans le public de parler d’eux. Anecdote : très fin l’Achille au pied léger, qui arrivé à moi, le critique, m’a déclaré publiquement " transparent " pour m’éviter la prise de parole ! Il nous propose alors ses trucs et ficelles un peu dérisoires, des vieilles recettes de l’Actor’s Studio à celles de la comédie à la française.  Avec parfois des extraits de films culte qui appuient la démonstration comique : vous voyez ce petit bonhomme qui ouvre la porte à la grande vedette ? Ça pourrait être moi ! Ou vous ?

 Car le prof parle surtout de lui, de ses petits malheurs et grandes humiliations notamment d’un casting en France où ses rondeurs et son accent belge lui ont valu des remarques assassines. La prof de casting en prend donc pour son grade mais c’est toute la profession qui est visée. Elle dissimule souvent un rapport de force cruel sous le maquillage du " glamour " et de la célébrité artificielle. L’acteur est donc un imposteur.  Mais pas que : l’envers du décor c’est un petit humain jeté dans la grande marée de la concurrence et qui est écrasé par la machine du show bizz, caricature de notre société. Il y a chez Achille un côté Charlot, victime certes mais au fond très maître du jeu et des astuces comiques. Les ¾ du spectacle jouent sur le déguisement, le faux, l’apparence mais à la fin il met bas les masques, arrache sa perruque et assume sa calvitie, ses rondeurs et sa bouille hyper -sympa : on passe de l’ironie agressive à l’humour bon enfant, du règlement de comptes au plaisir d’être soi-même. Attention, aucune morale, aucune leçon chez l’Anti-héros, mais le plaisir communicatif d’être sur scène en pratiquant très professionnellement l’art comique, ses règles, son rythme. Sous l’œil exercé de Nathalie Uffner, la prêtresse du TTO. Pour un coup d’essai, un coup de maître.

"Anti-héros" de et avec Achille Ridolfi au TTO jusqu’au 17 novembre.

Christian Jade (RTBF.be)