A bit More Everyday – Ham Havâyi – L'important c'est de respirer

A bit More Everyday - Ham Havâyi
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A bit More Everyday - Ham Havâyi - © Reza Ghaziani 224

Ici, est la grâce et la tentative des artistes iraniennes Afsaneh Mahian et Mahin Sadri, d’édifier une conscience de soi. Elle est dans les échappées. Elle est engageante et engagée. Elle est de toute beauté!

 

La pièce A bit More Everyday - Ham Havâyi de Afsaneh Mahian et Mahin Sadri est une sorte de balade à travers les portraits et affects de Mahnaz Dalir Rooy Fard, l'épouse du pilote de guerre  Abbas Doran (figure martyre), tué pendant la guerre Iran/Irak (1980-1988); de Shahla Jahed, la maîtresse d’un célèbre footballeur iranien condamnée à mort pour le meurtre (présumé?) de l’épouse de celui-ci et de Leyla Esfandyari, célèbre alpiniste iranienne qui a péri accidentellement lors d'une expédition dans l'Himalaya.

Cependant,  A bit More Everyday - Ham Havâyi dessine plus que des personnages en train de cuisiner, répétant le geste, encore et encore, dans l’immense cuisine aux lignes épurées. Ici, les trois histoires servent simultanément de projection et de dérivatif au désarroi existentiel - le sentiment d’étouffer - qu’il est nécessaire de raccorder à tout ce qui fait signes sur le plateau: les postures du corps, les expressions du visage, le débit verbal, les extraits de musique propagandistes glorifiant la figure du martyr diffusées à l’école, etc.

Le spectacle A bit More Everyday - Ham Havâyi est livré à l’extraordinaire jeu des actrices (Baran Kosari, Elham Korda et Setareh Eskandari - toutes deux Prix Meilleure comédienne au Festival de Fadjr 2015), elles s’abandonnent avec confiance à ce qui leur arrive.

En faisant légèrement déborder leurs mots, leurs actions ou émotions (parfois mêlés) - à côté -, les actrices embrassent les cicatrices et, montrent progressivement quelque chose du rapport au réel et des arrangements (?) avec la soumission. Elles aspirent notre attention. On comprend mieux les tremblements intérieurs, ce qu’on ressent lorsqu’on se sent oppressé, lorsqu’on a du mal à respirer dans un monde séparé, entre traditions et modernité.

Dans une zone intermédiaire où ne prime ni la fiction ni la réalité, aux forts accents poétiques et métaphoriques, la metteure en scène Afsaneh Mahian et la dramaturge Mahin Sadri (Prix Meilleur Texte au Festival de Fadjr 2015) étanchent notre soif de récits. Elles nous aident à penser, sensiblement, certainement. Cherchant, dans leurs visions en miroir, peut-être pour elles-mêmes, femmes-artistes iraniennes, aussi des réponses? Et donner le courage aux femmes d’occuper leur place. RESPIRE!

 

Sylvia Botella

 

A bit More Everyday - Ham Havâyi de Afsaneh Mahian et Mahin Sadri les 9 et 10 juin 2016 à Bozar à Bruxelles