25.06.76 – Ayelen Parolin, la tendance vers la vie

25.06.76 – Ayelen Parolin,  la tendance vers la vie
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25.06.76 – Ayelen Parolin, la tendance vers la vie - © Karin Vermeire

Dans 25.06.76, la chorégraphe et interprète Ayelen Parolin y réinvente la possibilité d’une biographie, la vie.

 

On le sent, on le voit cette manière de se situer dans le prolongement des âges, ce cycle de lente maturation confère au solo/autobiographie 25.06.76 de la chorégraphe et interprète Ayelen Parolin, son caractère absolu et irrésolu, échappant à la superficialité du monde. Lui, qui signa, en 2003, le réveil flamboyant de l’artiste argentine en Europe, signe, aujourd’hui, l’entrée de l’artiste dans la sérénité. Aux origines de la pièce, il y avait un mal profond. " Lorsque je l’ai créée en 2003, c’était comme m’ouvrir les veines, si j’échouais je rentrais en Argentine. J’avais la sensation étrange que personne ne me voyait. J’étais désespérée. Je ressentais fortement le choc des cultures. J’éprouvais de la frustration, voire un constat d’échec. L’idée était de faire une carte de visite : si je suis telle que je suis, c’est parce que j’ai fait ça en Argentine. "

En 2016, il y a quelque chose de bouleversant à voir la chorégraphe, le cheveu court, le short bleu électrique et le pull léopard, reprendre son œuvre intime et l’enrichir des gestes de ses créations et vie (SMS&Love, Troupeau, David, Hérétiques, mariage, enfants, etc.) la rendant ainsi encore plus palpable et radicale, et étrangement plus distanciée, apaisée. " Mon vocabulaire a beaucoup changé depuis. À l’origine, il était plus axé sur qui j’étais, je ne pensais pas que ce que je faisais, me définissait aussi. Aujourd’hui, il s’est enrichi des gestes des pièces que j’ai créées : Troupeau, David, Hérétiques, etc. Subsistent des évènements très intimes : mon mariage, mes enfants, etc. Pourtant je n’ai pas l’impression de me dévoiler. Je me sens plus protégée qu’avant, j’ai pris une certaine distance. Et puis, je découvre encore, parfois une voix, un autre état du corps. Je ne retourne plus en arrière, je ne danse plus comme je dansais avant. Peut-être parce que je n’ai plus la même énergie ni le même corps. "

Aujourd’hui, sur le plateau évidé, on voit davantage les points de rupture entre ascèse et fulgurance, le mix entre souffle et mouvements picturaux, abstraits ou amples, au ralenti ou en accéléré extrême. L’économie, la simplicité (aride presque) du geste, vise un au-delà qui habite l’absolu en des concepts comme le sens ou la vérité, seuls garants du désir d’Ayelen Parolin de poursuivre sa quête. Dans la puissance sereine de la pièce, dans sa manière d’explorer l’image-souvenir, sa mémoire, ses espaces et sens, irradie une sorte de conscientisation, la vraie, comme une tendance vers la vie totale. " J’ai fait mon premier spectacle de danse à l’âge de quatre ans. Mes souvenirs sont vagues. Il y a des photos. Je sais comment j’étais habillée, les personnes qui étaient présentes. Lorsque je fais le mouvement, j’essaie de me connecter avec le tout. C’est vrai pour tous les mouvements. Lorsque je reprends le geste de Mathilde Monnier, ce n’est pas seulement LE mouvement, je repense à l’espace, aux danseurs, je les sens, les imagine. C’est un état. C’est moins le vocabulaire du mouvement que la manière de le faire. "

Même si la structure demeure la même, la forme est toujours ouverte. " Chaque geste demande une extrême concentration surtout dans la première partie. Elle se compose d’une vingtaine d’extraits. J’ignore l’ordre et le nombre de fois que je vais répéter un geste, c’est plus ou moins trois fois. Le même extrait, je l’interprète différemment. Je danse au moment même. Je reconstruis à chaque fois la pièce. Rien n’est dans la répétition stricto sensu, je n’ai aucune stratégie. Je sais seulement comment et où se termine la première partie. " 25.06.76 est au fond une des pièces les plus radicales d’Ayelen Parolin, se chargeant d’une puissance d’évocation rare.

Rarement, on aura eu sur le plateau la sensation d’une pièce qui, même dans son quasi-silence, s’adresse à nous. Les gestes puissants d’Ayelen Parolin sont la révélation de ce qui est, le vertige du temps et les renversements qu’il implique, souvent empêchée par la durée fugitive de nos vies et la faiblesse de notre perception.

Ce qui achève de rendre 25.06.76 attachante, c’est que s’y dévoilent aussi le sincère souvenir d’enfance et le désir désarmant d’Ayelen Parolin de le voir ressurgir dans l’acte de création, le considérant comme le plus créatif de sa vie. " À l’âge de trois ans, explique l’artiste, ma grand-mère m’a demandé ce que je voulais. Je lui ai répondu un miroir. Je passais ma vie devant. Je pense que c’est la période la plus créative de ma vie, j’essaie toujours d’y revenir. Mais je ne me souviens pas. J’essaie de me regarder dans un miroir d’enfant mais je ne suis plus une enfant. Je vois ce que je suis devenue, je regarde mon corps et je me demande ce que je peux faire avec. J’y ai ajouté de la matière à l’aide de trois mots qui, à mon sens, me définissent et auxquels correspondent trois matières de mouvements. " In fine, 25.06.76 suit un mouvement identique à l’ensemble de l’œuvre d’Ayelen Parolin, qui, en cherchant l’humain, a souvent dénoncé la réalité illusoire et trouvé la vérité de l’être. " Je pense que je danserai ce solo tant que je le pourrai, jusqu’à devoir le raconter. Ce solo pourrait être fait aussi dans une chaise roulante (sourire). "

Sur la base d’un entretien réalisé par Sylvia Botella avec Ayelen Parolin, le 5 juillet 2015

 

25.06.76 d’Ayelen Parolin les 15 et 16 février 2016 au Festival Pays de Danses au Théâtre de Liège.

Festival Pays de Danses du 28 janvier au 20 février 2016: http://theatredeliege.be