"Wakatt" de Serge Aimé Coulibaly au Théâtre National

Wakatt, au Théâtre National
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Wakatt, au Théâtre National - © Sophie Garcia

Entre ombre et lumière, harmonie et chaos. CRITIQUE***

Un immense disque solaire s’éteint peu à peu à l’horizon. Comme des ombres, des corps se profilent à contre-jour sur ce fond orangé. Une humanité sur le point de disparaître, elle aussi ? Tout au long du spectacle, Serge Aimé Coulibaly jouera avec des images fortes aux significations multiples, sans jamais imposer une interprétation unique.

Bientôt le plateau s’éclaire et, dans une explosion de couleurs et de sons, nous dévoile les dix danseurs et les trois musiciens. Surgissant du sol, un danseur se confronte au groupe : la violence de ce face-à-face s’inscrit dans les corps qui se tordent, parcourus d’une transe sauvage. Un deuxième lui succède, et c’est tout le contraire qui s’exprime : l’homme est accueilli, fêté, et tous s’approprient ses mouvements. La peur de l’autre a été vaincue, et la communauté des humains peut tenter de construire un futur. Mais par quels moyens, quels chemins ? Certains escaladent un rocher d’or. D’autres choisissent une ceinture d’explosifs. D’autres encore cherchent, égarés, une issue, se fuient, se poursuivent en une folle sarabande. Plutôt que de donner des réponses, le spectacle invite au questionnement face à "wakatt" (qui signifie "notre temps").

Le chorégraphe joue avec les contrastes, les mouvements binaires : solos et ensembles, harmonie et chaos, ombre et lumière. Comme dans toutes ses créations, son art réussit une belle synthèse entre l’héritage de la danse contemporaine occidentale et celui de son Afrique natale. Il insuffle à la scène une énergie vitale portée par des danseurs magnifiquement engagés. Il faut souligner aussi l’importance de la musique composée par le flûtiste Magic Malik, virtuose d’un jazz aux couleurs métissées : bien plus qu’un simple accompagnement, elle s’est construite en même temps que la chorégraphie et s’y intègre totalement. Aux contrastes qui rythment la danse répondent ceux des riches sonorités créées par ce remarquable trio de flûte, guitare et percussions.

Comme beaucoup d’artistes, Serge Aimé Coulibaly a été rudement impacté dans son projet par la covid : répétitions écourtées, calendrier bousculé, et crainte de ne pouvoir rassembler ses interprètes venus du Burkina, du Cameroun, d’Italie, d’Allemagne… On n’en est que plus admiratifs de la performance accomplie.

EN PRATIQUE

Wakatt

  • Chorégraphie et mise en scène : Serge Aimé Coulibaly
  • Composition et direction musicale : Magic Malik
  • Interprétation : Marion Alzieu, Jean-Robert Koudogbo Kiki, Marco Labellarte, Bibata Maiga, Antonia Naouele, Adonis Nebie, Jolie Ngebi, Sayouba Sigué, Zora Snake, Ahmed Soura (danseurs) et Magic Malik, Maxim Zampieri, Jean-Luc Lehr (musiciens).
  • A voir au Théâtre National du 22 au 26 septembre et du 12 au 16 janvier.