Lil Buck veut changer le monde par la danse

Des rues de Memphis, Tennessee, au nouveau court-métrage de Chanel, il n’y a qu’un pas (de danse). Charles Riley, plus connu sous le pseudonyme Lil Buck, est l’une des six célébrités invitées par Chanel pour parler de la célébrité à l’occasion du centenaire du N°5. ETX Studio a rencontré le danseur américain de 32 ans pour parler de sa carrière et de sa propre relation avec le succès.

Vous dites dans le nouveau court-métrage de Chanel que vous voulez que les jeunes de Memphis sachent qu’ils peuvent envisager une carrière dans la danse. Pensiez-vous que vous pourriez devenir un danseur quand vous étiez enfant ?

Je ne croyais pas qu’il était possible de faire carrière dans la danse, surtout lorsqu’on venait de Memphis, Tennessee. Il est particulièrement difficile de devenir un danseur professionnel là-bas. Je n’avais aucune idée qu’on pouvait poursuivre une telle carrière. Ce n’est qu’au milieu de l’adolescence que je me suis dit "Hé, je pourrais peut-être faire quelque chose avec la danse".

J’ai toujours aimé danser. J’ai commencé à m’y intéresser grâce ma grande sœur, qui a, elle aussi, toujours aimé danser. Je me suis vraiment pris de passion pour la danse pour ce que cela me faisait ressentir. Et surtout pour le sentiment de liberté qu’elle me procure : la liberté d’être moi-même et d’apprendre qui je suis en bougeant mon corps. Plus je danse, plus j’en apprends sur moi en tant que personne.

Vous expliquez également que vous souhaitez que la street dance soit considérée comme un art. Selon vous, pourquoi n’est-elle toujours pas reconnue comme telle ?

Je pense que la street dance n’est pas reconnue comme un art parce que beaucoup de gens ont tendance à la mettre dans une case, et à la cataloguer comme un type de danse issu des communautés défavorisées. La plupart de ces danses qui influencent le monde aujourd’hui proviennent de communautés défavorisées et, plus particulièrement, de la communauté afro-américaine. Certaines personnes ne mettent pas la street dance au même niveau que la danse classique, ou ne la voient même pas comme une danse contemporaine. C’est pourtant le cas. La street dance est résolument contemporaine. Elle est moderne, nouvelle, toujours pertinente et en constante évolution.

Je pense également que la musique associée à la street dance y est aussi pour beaucoup. Il n’y a pas que le rap, le hip-hop ou les musiques urbaines. Les gens n’ont pas vraiment considéré le Memphis jookin' comme un art à part entière jusqu’à ce que je collabore avec un musicien classique. Mais pourquoi ? Je faisais exactement la même chose que dans la rue, mais j’avais simplement changé la musique sur laquelle je dansais. Je bougeais de la même façon. Mon associé Jon Boogz et moi essayons de lutter pour que la street dance soit plus reconnue à travers notre entreprise, Movement Art Is (M.I.A.). Nous voulons montrer aux gens jusqu’où l’on peut repousser les limites de la street dance et contribuer à changer la société.

Vous avez fondé M.A.I. "pour inspirer et changer le monde tout en renforçant l’impact artistique, éducatif et social de la danse". Comment la danse peut-elle éduquer et sensibiliser aux problèmes sociaux tels que la violence raciale ?

La danse a toujours été un puissant levier de changement social. C’est l’une des formes de langue les plus anciennes qu’il existe. Jon [Boogz] et moi utilisons la danse pour sensibiliser le public à des questions sociales importantes. Nous voulons montrer aux gens que la danse n’est pas seulement un divertissement. Elle peut susciter une véritable prise de conscience et contribuer à changer le monde.

C’est pourquoi nous avons créé le film "The Color of Reality", qui parle de la brutalité policière. Nous en avons réalisé une autre, intitulée "MAI", sur le système carcéral américain. On peut raconter n’importe quelle histoire avec son corps ; c’est le vrai pouvoir de la danse. Nous pouvons nous en servir pour sensibiliser et éduquer les gens de différentes façons. Nous pouvons atteindre leur cœur et leur âme, et pas uniquement leur esprit.

Le nouveau court-métrage de Chanel parle de la notoriété. Vous êtes devenu connu grâce à une vidéo virale, dans laquelle vous êtes accompagné de Yo-Yo Ma sur une nouvelle version de "Le Cygne" de Camille Saint-Saëns. Ces circonstances ont-elles influencé votre vision de la célébrité ?

Ma collaboration avec Yo-Yo Ma a vraiment contribué à lancer ma carrière et à réconcilier la street dance et les beaux-arts. Les réseaux sociaux et les plateformes de streaming comme YouTube m’ont également aidé. Lorsque notre performance est devenue virale, je n’arrivais pas à y croire. Tout s’est passé si vite ! Je ne pense pas que cela ait changé ma vision de la célébrité, mais cela m’a vraiment aidé à comprendre qu’il faut être prêt avant que ce genre d’opportunités ne se présente à vous. Personnellement, je considère la notoriété comme une monnaie culturelle. Je suis heureux de pouvoir l’utiliser pour inspirer les jeunes de Memphis, qui n’ont jamais pensé que quelque chose comme cela pouvait arriver à un gamin de Westwood.

Depuis le début de votre carrière, vous êtes devenu l’ambassadeur mondial du Memphis jookin', vous êtes apparu dans la série télévisée "Empire", vous vous êtes produit avec Benjamin Millepied et Madonna, pour ne citer qu’eux, et vous êtes maintenant dans le dernier film de Chanel, "Celebrity By". Quelle est votre plus grande réussite ?

Quand j’étais enfant, mon but dans la vie était de danser à la télévision. J’ai grandi en regardant des danseurs passer à la télévision et se produire pour certains de mes artistes préférés comme Lil Wayne et Madonna. Ayant grandi à Memphis, je ne savais pas combien d’argent gagnaient ces danseurs et je pensais qu’ils se faisaient des millions. C’est pourquoi je voulais devenir l’un d’entre eux et gagner suffisamment d’argent pour subvenir aux besoins de ma famille.

Je voulais aussi montrer aux gens ce qu’est le Memphis jookin'. C’est un type de danse magnifique et il mérite d’être reconnu comme tel. C’est un diamant à l’état brut. Quand je regardais les danseurs à la télévision, je me disais "ça pourrait facilement être mes amis et moi. Nous sommes tellement plus talentueux que certains d’entre eux".

Je pense que je vis actuellement ma plus grande réussite. Je veux inspirer tout le monde dans ma ville natale et leur montrer qu’ils peuvent se faire un nom grâce à la danse.

Quelle est la prochaine étape pour Lil Buck ?

Beaucoup de choses. Je suis toujours en train d’évoluer. Je travaille perpétuellement sur moi-même. En tant qu’artiste, je travaille sur beaucoup de projets différents, y compris la télévision et le cinéma. J’aime vraiment jouer la comédie et je pense que c’est l’un des plus grands outils que je peux utiliser pour toucher beaucoup de gens chez moi et dans le reste du monde. J’espère que si les gens me voient à la télévision, quelque chose va jaillir en eux et qu’ils se lèveront de leur canapé pour faire quelque chose de leur vie. Si je peux le faire en tant que danseur, ils peuvent le faire aussi. Ils peuvent réaliser leurs propres rêves.