"KIND" de Peeping Tom. La violence au cœur de l'enfance. Un cauchemar propulsé par d'exceptionnels danseurs ***

 "Kind" de Peeping Tom
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"Kind" de Peeping Tom - © Olympe Tits

Soyons francs : aucun des spectacles de Peeping Tom ne nous laisse indifférent et Kind nous a fasciné comme les autres. Depuis la trilogie "territoriale" Le Jardin, le Salon, Le Sous-Sol jusqu’à cette autre qui s’achève sur la famille (Vader, Moeder, Kind), chaque fois "on marche", emporté par cette dynamique irrésistible de danseurs acrobates évoluant dans un cadre inquiétant. Et creusant avec force, sous les airs d’un film d’horreur, les chemins troubles de l’inconscient.

Faut-il être passionné de danse pour aimer les spectacles de Peeping Tom ? Non, mais ça aide. Faut-il aimer le théâtre post moderne et ses ambiances tordues, sans fil conducteur narratif évident? Non, mais ça aide. Car les trilogies de Peeping Tom sont des tableaux animés, qui nous baladent de rêve en rêve et de fantasme en fantasme. Et nous obligent à rester vigilants pour construire et reconstruire à chaque instant le puzzle proposé à nos yeux et à l’ensemble de nos sens.

Il faut que ça explose !

Dans Moeder, la "vitrine" centrale d’un musée était tenue par une "mère ", une femme/bébé éprouvette nue, qui restait prisonnière du verre à mesure qu’elle grandissait. Une solide touche de surréalisme dans l’apparence hyper réaliste de la scénographie. De même dans Kind, le personnage central est une fillette vêtue de rouge, mi-chaperon, mi-grand méchant loup, incarnée par une mezzo-soprano de 55 ans, Euridike De Beul circulant sur une mini bicyclette trop grande pour elle. Le malaise de cette narratrice omniprésente à la mémoire encombrée de scènes cruelles est le fil conducteur implicite de l’ensemble. Elle donne une cohérence à une succession des scènes d’agressions cruelles où le décor - une sombre forêt de pins et d’inquiétants rochers qui s’effondrent – est la principale source d’angoisse.

Une angoisse parfois détournée par la virtuosité stupéfiante de cinq danseurs exceptionnels ou par l’humour d’un dialogue (rare !) ou par des allusions musicales parfois cocasses, décalées ou sensibles, de Joplin à Wagner, de Kurt Kobain à Haendel. Mais visuellement, les balles pleuvent, un enfant se fait abuser, une curieuse biche évolue sur hauts talons avec des allures de dromadaire, un sapin surgi du sol se met à vivre.  Interrogés sur leur esthétique à propos de Moeder, Frank Chartier et Gabriele Carrazo nous expliquaient :

La virtuosité, on l’utilise en première couche, car on aime bien le "Waow!" admiratif du public devant une performance. En deuxième couche, on cherche des situations pour transformer la technicité, la cacher, tout en gardant la beauté du mouvement découvert. La recherche est permanente. La femme dans "Moeder" est fermée, compressée derrière la vitre. Il faut que ça explose quelque part. Et ça explose par l’alcool, par exemple.

Il faut que ça explose ! C’est une des clefs de leur vision du monde et du spectacle "vivant" !  Dans Kind, c’est le décor qui explose, terrorisant les protagonistes et dessinant un paysage final d’apocalypse. Comme si l’actualité pleine de bruit et de fureur guerrière, de répression et d’explosions partout dans le monde s’invitait au spectacle. Pas par hasard mais sans allusion "documentaire" précise.

C’est tout le charme des productions de Peeping Tom dont Kind : elles creusent le sillon de nos inconscients, dans une forme séduisante, hyper-spectaculaire. Leurs tableaux vivants nous baladent dans une forêt de symboles, peuplée de danseurs virtuoses. La grande classe !

Kind de Frank Chartier et Gabriela Carrazo.

Au KVS jusqu’au 25 octobre.

Puis à Bruges (31 octobre), Courtrai (16 janvier 2020), Anvers (13-15 février), Louvain (1er et 2 avril) et Gand (5-6 juin)

Tous les renseignements sur la tournée sur le site officiel de Peeping Tom