Festival Lezarts Danses Urbaines : pour en finir avec le cliché "street" du gamin qui tourne sur sa tête

Break, krump, house, lock, voguing, waacking… les danses urbaines se diversifient et flirtent désormais avec la danse contemporaine et même l’opéra. Pour la 2e année, c’est le KVS – un des "temples" belges de la culture contemporaine- qui accueille leFestival Lezarts Danses Urbaines, le week-end des 7 et 8 mars. Rencontre avec Simon Racket, le directeur de Lezarts Urbains.

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Krump – Hendrickx_Ntela © Yannick Sas

Le Festival LDU ce sont des spectacles, des battles, des shows chorégraphiques de quelques minutes, des conférences. Avec des amateur·trice.s, des artistes émergents et des professionnels confirmés. Un panel digne de la richesse du paysage des danses urbaines aujourd’hui. La structure Lezarts Urbains, financée par la culture et l’éducation permanente, soutient les artistes dans leur développement et produit des spectacles comme Au fil du temps de la compagnie Corpeaurelles qui clôturera la soirée du samedi 07 mars.

Trop street pour les intellos, trop intello pour la rue

Simon Raket : Dans le milieu urbain, très peu de pièces ont été écrites avec un propos, une vraie vision comme dans la danse contemporaine. La plupart du temps ce sont soit des battles, soit des shows solo soit des shows chorégraphiques c’est à dire des petits moments explosifs de 5 minutes. Nous on propose des choses qui ont été créées dans un processus long et réflexif. Parfois […] un festival nous achète un spectacle sur dossier, ils voient qu’il y a des pointures mais après le spectacle ils nous disent "c’était pas très fun". Comme si les danses urbaines c’était toujours rajouter une caution jeune sur les choses. Alors qu’au fond ce sont des artistes […] qui parfois abordent des choses graves, des choses profondes. Mais la plupart du temps, on ne leur laisse pas cette place-là. Nous on essaie de promouvoir ça.

 

Au Fil Du Temps, créé par la Cie Corpeaurelles et produit par Lezarts urbains, rassemble quatre danseuses dont Hendrickx Ntela championne du monde de krump (International Illest Battle). Le spectacle interroge la place de la femme immigrée face aux clichés, au machisme, au rôle au sein la famille… avec la volonté de se libérer de ces carcans pour se créer une place différente. Ce projet s’est étalé sur deux ans avec une résidence d’artiste, des rencontres avec des chorégraphes, du support administratif. On l’oublie trop souvent, ces artistes sont tous·tes autodidactes. Il n’y a pas de conservatoire du rap ou d’école de krump… Comme le dit Simon Raket :"Il y a des artistes qui atteignent un niveau international mais qui continuent à répéter dans les couloirs de la gare du Luxembourg"

Näss, créé la Cie Massala, l’autre tête d’affiche du Festival, parle de l’identité et des cultures multiples. Cette création pour 7 danseurs évoque aussi l’influence du soufisme sur la danse, la transe, les racines.

Pour s’en sortir avec les styles : break, krump, house, voguing

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Break – Team Smetta © Yannick Sas

Simon Raket nous éclaire sur les nuances entre les styles de danses urbaines :

"La première chose qui vient à l’esprit, c’est clairement le break dance, c’est le plus ancien des styles […] on revient au cliché du type qui danse sur sa tête.

Aujourd’hui il y a un style qui est très très puissant, c’est la danse krump qui est beaucoup plus expressionniste, beaucoup plus violente, plus animale et moins dans la performativité sportive que le break dance. J’y vois un mélange d’influences de danses africaines traditionnelles, de danse classique, il y a aussi des sortes de haka de rugbymen, un côté bravache parce qu’il y a toujours la notion de battle. Dans le krump, la base c’est l’émotion. D’ailleurs ils ne se revendiquent pas du hip-hop. En Belgique, dans la région de Liège et de Verviers on a vraiment des pointures avec des danseuses comme Hendrickx Ntela. Le krump intéresse de plus en plus les structures traditionnelles, l’Opéra de Paris a fait Les Indes Galantes de Rameau (mise en scène de Clément Cogitore) avec les scènes de querelle transformées en battle. Je crois que c’est vraiment le krump qui va faire le lien avec la danse contemporaine etc.

 

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House – One Nation © Yannick Sas

"La house est aujourd'hui un autre style de danse urbaine. Comme le krump c’est de la danse debout; c’est une autre rythmique donc ça génère d’autres pas. La house a été une vraie porte d’entrée pour les femmes dans les danses urbaines. Ce style s’est complètement ouvert à quasiment une majorité de filles."

"Et puis on a le voguing. C’est la communauté gay black (américaine) qui s’est approprié les codes de la danse urbaine et en a fait un style à part. Cela a ouvert à encore une autre population […] voilà, ça s’ouvre et ça c’est très beau.

Il y a aussi le locking et le waacking

"Tous ces milieux de danses urbaines se sont subdivisés et commencent à vivre de manière indépendante, et ça c’est le contraire de ce qu’on défend. On essaie dans ce festival de montrer d’autres facettes et de faire se rencontrer les gens."

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Locking – Ghetto Funk Collective © Tous droits réservés

Ce week-end des 7 et 8 mars, le Festival Lezarts Danses Urbaines au KVS présentera aussi "Dress" de Carmel Loanga et "Dimension" du crew Funky Feet, des formes courtes et shows chorégraphiques, une Session Ça Danse et deux rencontres autour de la place des femmes dans le hip-hop.

 

Compétition de voguing au Latex Ball – NYC

Les Indes Galantes, Clément Cogitore. Court-métrage 2017

Le documentaire Rise de David Lachapelle (2005) va populariser le krump