"See my Raqqa" : la ville syrienne avant les bombes

“See my Raqqa” : la ville syrienne avant les bombes
“See my Raqqa” : la ville syrienne avant les bombes - © See my Raqqua / Photographie : Klaus Wagensonner, 2005

Une jeune Syrienne exilée à Paris publie des photographies de la ville de son enfance dans un projet numérique multiplateforme. Une façon de faire le deuil, de se souvenir et de regarder vers l’avenir.

 

Raqqa était une ville syrienne située au nord du pays, proche de la frontière turque et bordée par l'Euphrate. Tout a basculé pour la cité et ses habitants en 2014, lorsqu'elle est devenue le fief de l'Etat Islamique. Raqqa est devenue le théâtre d'affrontements durant trois longues années, avant d'être reprise par les Forces démocratiques syriennes avec l’aide de la coalition en octobre 2017, non sans dégâts humains et architecturaux. La ville était alors déclarée à 80% détruite et les corps pris dans les débris se comptent par milliers. Depuis lors, la cité reste fantôme et porte en elle les stigmates d’une guerre inhumaine. Alors que la défense russe vient de publier des photographies aériennes qui confirment la destruction de Raqqa, un projet photographique donne à voir ce qu’était la ville avant 2014, avant les bombes.

Lamis Aljasem est la créatrice de la série de photographies qui rend hommage à la ville de son enfance. Cette Syrienne de 28 ans qui vit désormais à Paris a réuni plus de cinquante clichés (pour le moment) pris entre 1980 et 2012, avant l’arrivée de Daech. Son projet See my Raqqa” a été mis en ligne en octobre 2017, au moment de la libération de la ville, il prend la forme d’un album photo numérique développé sur les trois réseaux sociaux Instagram, Twitter et Facebook

 

Chaque photographie est un souvenir, un cliché qui fige un instant de la vie avant la guerre, un repas partagé, les bords de l’Euphrate, le marché, le sourire de ses habitants. Elles ont été prises par des amateurs, des locaux, des touristes, chaque photographie compte dans la bataille du souvenir. Alors que la ville tarde à se reconstruire, Lamis Aljasem, étudiante à Science-Po Paris pleure la ville qui l’a vue grandir à travers ce travail de mémoire numérique. La jeune femme a quitté Raqqa en 2013, juste avant la prise par l’EI et a vécu le démantèlement de sa cité à distance, sans ne pouvoir rien y faire. Elle dit avoir vu des photographies de sa maison d’enfance au fur et à mesure de sa destruction, comme un partie de son passé parti en poussière. Pour elle, rien ne sera plus comme avant. Pour essayer de faire le deuil de Raqqa, Lamis Aljasem veut célébrer l’esprit de sa ville qui ne peut pas mourir. Elle appelle aussi les habitants à partager leurs clichés de la cité afin qu’elle les ajoute à son projet et pour commencer la reconstruction plus sereinement.