Le journaliste et auteur Eric Neuhoff dézingue le cinéma français

Eric Neuhoff, journaliste et écrivain français, vient de publier un livre qui fait grand bruit dans le petit milieu du cinéma français. Intitulé "(Très) Cher cinéma français", Eric Neuhoff y dresse sans langue de bois un l’état actuel du cinéma de l’Hexagone et ce n’est pas joli joli.

À l’occasion de la sortie de son pamphlet, Eric Neuhoff a été interrogé par Konbini et le moins qu’on puisse dire c’est que le journaliste n’y va pas par quatre chemins pour expliquer pourquoi il pense que le cinéma français c’était mieux avant.

"Le cinéma français c’est comme un hôpital avec 250 lits remplis par an (pour le nombre de sorties annuelles), dont les patients ne sont pas dans un état mirobolant. Quel pays a besoin de films par an ? Le talent, il y en a une certaine dose et si c’est à partager entre 250 personnes, ça fait plein de tout petits talents ou une dizaine de grands talents."

Eric Neuhoff n’hésite pas à dire qu’il est empreint d’une certaine nostalgie de ce qui se faisait avant : "J’ai eu le tort de grandir dans les années 70 et le cinéma c’est quand même un truc très lié à l’adolescence. C’était la période où il y avait des chefs-d’œuvre à la pelle à longueur d’année et ça donne de mauvaises habitudes. J’ai vu le cinéma français se laisser couler et je daterai ça du début des années 80, avec la mort de François Truffaut. C’était quelqu’un qui portait le cinéma à bout de bras."

Un Érythréen unijambiste qui arrive à Marseille et qui couche avec une bourgeoise, c’est un peu le pitch type du film français. Et ça ne peut pas donner un chef-d’œuvre.

Pour le journaliste et écrivain, le cinéma français est vraiment passé à une sous-catégorie en 1988 avec la sortie du film de Luc Besson "Le Grand Bleu": "Le vrai basculement ça a été avec la sortie du film 'Le Grand Bleu', là on est passés vers une autre époque. 'Le Grand Bleu' c’est une esthétique publicitaire, c’est le scénario vide, c’est l’image qui l’emporte sur le contenu."

Eric Neuhoff remet également en cause la manière dont le cinéma fonctionne aujourd’hui. Selon lui, les producteurs, réalisateurs et comédiens sont beaucoup trop confortables : "Beaucoup de films respirent l’effort ou la transpiration au lieu de traduire la joie de tourner un film ou la douleur d’en faire un car ça doit être quelque chose d’extrême, comme le disait Truffaut. On en est arrivés là car plus personne ne prend de risques maintenant. Le producteur est salarié, ce qui est une aberration ; le metteur en scène est sûr d’être payé et les comédiens touchent leur cachet. Un film, pour qu’il soit bon, il faudrait vraiment que ce soit une question de vie ou de mort. Que le metteur en scène, s’il ne trouve pas de financement, doive hypothéquer son appartement ! De cette manière c’est le quitte ou double."

Enfin le journaliste et auteur regrette le manque d’humour du monde du cinéma français " tout le monde se prend au sérieux, c’est d’une prétention rare et ça, c’est un désastre. Le cinéma est fait pour rêver, pour s’amuser, pour pleurer, pour avoir des émotions. Quand je vois que les inrockuptibles comparent Zahia à Bardot sur leur couverture, moi je tombe sur la tête. La pauvre Bardot, si elle lit ça, elle va tuer des bébés phoques à coups de batte de base-ball pour se venger !"