Charlotte Dekoker nous présente "Il serait une fois", un podcast qui propose une réécriture féministe des contes de notre enfance

Vous trouvez que les contes de votre enfance sont sexistes ? A quoi ressemblerait l’histoire de Barbe Bleue s’il n’y était pas question de féminicide ? Et si les trois petites cochonnes n’avaient en réalité pas peur du grand méchant loup ? Ou si Belle devenait une vraie bête de scène? Pour connaître la réponse, tendez l’oreille au nouveau podcast RTBF!

"Il serait une fois" est un podcast qui propose une relecture originale mais surtout 100% féminine et 100% féministe de cinq contes de notre enfance : "Cendrillon", "Aladdin", "Barbe bleue", "Les trois petites cochonnes" et "La belle et la bête". Ces contes ont tous été réinventés et réécrits par cinq femmes talentueuses qui prêtent aussi leur voix à ces nouvelles histoires : Camille Wernaers, Fanny Ruwet, Charlotte Dekoker, Florence Mendez et Sandra Zidani.

Nous avons discuté de l’impact que ces contes peuvent avoir sur le développement des jeunes femmes et leur rapport à l’amour et au corps avec Charlotte Dekoker, animatrice La Première et autrice de la réécriture des "Trois petits cochons" version féministe.

RTBF Culture : Avais-tu conscience, avant ce projet, que les contes qui ont bercé notre enfance sont bourrés de stéréotypes sexistes ?

Charlotte Dekoker : "J’avais conscience depuis longtemps que les contes de fées véhiculent une image de la femme archaïque, mais c’est en y réfléchissant à l’occasion de ce podcast que j’ai vraiment réalisé la puissance de l’impact de ces récits, qui modèlent durablement le désir des filles et donc des femmes."

RTBF Culture : Ces contes ont-ils eu un impact sur ta vie de jeune fille et de femme ?

Charlotte Dekoker : "Oui, J’en suis un exemple criant. Quand j’étais petite, avec ma meilleure amie, on jouait aux princesses. Le principe, c’est qu’on ne faisait rien (rires), on était allongées dans l’herbe et on attendait qu’un prince vienne nous embrasser pour nous délivrer de notre paralysie. Bon, je vous rassure, j’avais d’autres jeux un peu plus marrants, mais punaise, quand j’y repense, c’est navrant ! Et je vois les conséquences sur ma vie d’adulte ! Malgré l’éducation que j’ai reçue, j’ai aimé un homme violent, et je l’ai aimé parce qu’il se présentait comme un grand sauveur… J’avais l’impression que je n’avais aucune valeur en dehors de celle qu’il acceptait de me donner de temps en temps… Comme si j’avais besoin du regard d’un homme pour reconnaître que j’avais de la valeur ! C’est ce que je raconte dans ce podcast."

RTBF Culture : Pourquoi as-tu choisi de réécrire "Les trois petits cochons"?

Charlotte Dekoker : "Quand on m’a proposé de choisir un conte, j’ai spontanément dit – je fais les trois petites cochonnes — parce que ça me faisait rire. Et puis j’ai réfléchi… Et ça m’a semblé encore plus intéressant.

Le désir des femmes pose problème. Il est mal vu. Nous sommes culpabilisées, méprisées lorsque nous l’exprimons et les hommes, eux échappent à ce jugement, c’est tellement injuste ! S’ils multiplient les conquêtes, c’est parce que – ah, ce sont les hommes, ils sont comme ça — mais si une femme fait la même chose, c’est une salope.

Pourquoi, lorsqu’on met au féminin le titre de ce conte, il devient un titre de film porno ?

"Les trois petites cochonnes" parle de ça, mais pas seulement. Expliquer les choses par la " nature " des hommes perpétue d’autres inégalités encore plus graves. Si l’on considère que les hommes sont naturellement plus violents que les femmes, alors que la science a montré que non, cela nous rend beaucoup trop tolérants à l’égard de cette violence.

Vous voulez un exemple bien concret ? Il y a une quinzaine d’années, lorsque la police a débarqué chez moi parce que mon compagnon me battait, il a expliqué aux agents que oui, il m’avait molestée, mais qu’il avait une bonne raison : j’étais hystérique et que j’avais besoin que quelqu’un me calme. Et vous savez quoi ? Les policiers sont repartis sans rien faire, cette explication leur convenait. Vous voyez, je n’ai pas eu besoin d’aller chercher bien loin pour trouver quoi raconter dans mon podcast."

RTBF Culture : A qui s’adresse cette réécriture ? Qui peut écouter le podcast ?

Charlotte Dekoker : "A tout le monde à partir de l’adolescence. Parce qu’avant toute chose, j’ai écrit une histoire, avec des rebondissements, de l’humour, de l’amour, du drame… Je propose surtout à l’auditeur de s’immerger dans un récit, de vibrer ensemble, et j’espère de tout cœur que ça vous plaira ! "

Bonne écoute!

Aladdin

Découvrez ALADDIN, raconté par Fanny Ruwet.

"Bruxelles, 2020. Jasmine, jeune fille brillante vouée à un avenir qui l’est tout autant, rencontre Aladdin, jeune sagouin sans-le-sou qui a fait l’école de la vie (comme Léa Seydoux). Cela aurait pu être une histoire d’amour, mais c’est surtout une histoire d’ambition, de plantes vertes et de chicha fraise."

Cendrillon

Découvrez CENDRILLON, raconté par Camille Wernaers.

"L’inspectrice BonneFée est appelée sur une affaire dans une boîte de nuit bruxelloise. Seule preuve laissée sur la scène de crime : une chaussure blanche. Elle se lance alors sur la piste d’une certaine Cendrillon, une Robin des bois des temps modernes."

Les trois petites cochonnes

Découvrez LES TROIS PETITES COCHONNES, raconté par Charlotte Dekoker.

"Il serait une fois, ou plutôt trois fois. Trois fois où j’ai été une petite cochonne. Méritais-je cette étiquette et méritais-je les conséquences dramatiques qui ont suivi ? Une histoire du regard mortifère sur la sexualité féminine en trois actes."

La belle et la bête

Découvrez LA BELLE ET LA BÊTE, raconté par Florence Mendez.

"Belle quitte son petit village pour rentrer à l’université. Passionnée de rap, elle tente sa chance à un concours organisé par le cercle des arts urbains. Alors qu’un événement tragique vient remettre sa participation en cause, Belle, forte et résilient, affronte ses démons intérieurs pour surmonter son traumatisme."

Barbe Bleue

BARBE BLEUE, raconté par Sandra Zidani.

"Comme la plupart des jeunes femmes du royaume de Belgique, Mélissandre rêve de rencontrer l’âme sœur. Dans les coulisses d’une émission de télé réalité "L’Amour au Château", le destin est enfin au rendez-vous… Sur fond d’un thriller moderne, Zidani nous propose un remake de la Barbe Bleue saupoudré de féminisme, d’humour et règle enfin les comptes une fois pour toutes avec les belles histoires de notre enfance."