"Héroïnes de la rue", le podcast féministe qui dénonce le harcèlement de rue

"Héroïnes de la rue", le podcast féministe qui dénonce le harcèlement de rue
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"Héroïnes de la rue", le podcast féministe qui dénonce le harcèlement de rue - © Tous droits réservés

Marguerite Stern, ancienne activiste Femen de 28 ans, raconte dans un podcast bouleversant son activisme, son rapport au corps, à la vie, à l’amour et surtout à la rue.

Un jour, en regardant des Femens à la télévision, Marguerite Stern a pris une décision qui a changé sa vie : "Quand j’ai vu ces nanas débarquer sur nos écrans, sur un coup de tête, j’ai décidé de les rejoindre. Avec elles, j’ai appris à mettre en scène ma colère, à aller la cracher dans la rue." Cet activisme au sein des Femens durera trois ans.

Aujourd’hui, six ans plus tard, Marguerite Stern a décidé de raconter son engagement, sa révolte et son entrée dans le féminisme à travers le podcast "Héroïnes de la rue". Dans ce podcast elle parle de son expérience mais pas que, elle donne également la parole aux femmes et tente de répondre à ces questions : Comment s’approprie-t-on l’espace publique ? Qu’a-t-on à redire du comportement des hommes qu’on y croise ? Quels sont les effets des discriminations qu’on y subit ?

Pour Marguerite Stern, il était évident de partager son expérience avec le plus grand nombre de femmes possible : "Après avoir beaucoup agi, je me suis dit qu’il était temps de me poser un peu, et de parler de mon expérience parce que je me rends compte, sans prétention, que j’ai beaucoup de choses à dire sur ce que j’ai vécu ces dernières années, et je commence à avoir un recul qui me permet d’analyser les choses, et de recueillir des témoignages sereinement en sachant quoi en dire puisqu’ils font tous échos au mien. "

Héroïnes de la rue #1 son expérience personnelle

Dès le premier épisode, le ton est donné. Marguerite Stern explique que depuis qu’elle a 13 ans, les hommes commentent son apparence physique dans la rue. Grâce à ses années d’activisme en tant que Femen, Marguerite Stern a enfin trouvé la force de répondre à ses harceleurs de rue.

Cet épisode nous emmène dans les rues de son quartier. On y entend des hommes qui sont ses voisins ou des passants, l’aborder voire l’insulter. Comme la Belge Sophie Peeters l’avait fait en vidéo, Marguerite Stern a décidé d’enregistrer les paroles de ces hommes mais surtout les réponses qu’elle leur donne : "Quand j’ai enregistré ces vidéos dont on retrouve des extraits sonores dans mes podcasts, je me disais surtout qu’elles allaient pouvoir me servir de preuves si jamais il m’arrivait quelque chose. Mais c’est vrai que c’était aussi une façon de documenter ce qui m’arrivait, et de montrer pas uniquement les réflexions des hommes, mais aussi la façon que j’avais choisie pour leur répondre."

Dans la suite de l’épisode, on découvre que répondre à ses harceleurs de rue n’est pas sans danger. Bien que Marguerite tente d'expliquer calmement aux hommes pourquoi elle n'aime pas ce comportement et pourquoi elle souhaiterait qu'ils arrêtent, le ton monte bien souvent. Un jour la menace tombe comme un couperet, un homme lui crie : "Je vais te violer !". Seulement quelques jours après ce violent échange, la jeune femme retrouvera une balle d’un 9 millimètres dans la fenêtre de son appartement…

Marguerite Stern est une femme forte qui force l’admiration, à l’écoute de ses podcasts, on n'a qu'une envie, c'est de répondre à notre tour aux hommes qui nous harcèlent dans la rue, le métro. L'ancienne activiste Femen met en garde : " Quand on l’ouvre, les réactions des hommes en face peuvent être violentes, donc je ne voudrais pas qu’une femme se retrouve en danger à cause de mes conseils. Je suis néanmoins convaincue du fait que si nous répondions toutes aujourd’hui, et de façon systématique, demain le harcèlement de rue s’arrêterait."

Héroïnes de la rue #1

De Aya Nakamura en passant par la relève et la grève des femmes de chambre

Dans le deuxième épisode, on découvre comment un retweet d’Aya Nakamura a changé la vie de Marguerite Stern. Son passé d’ancienne activiste Femen lui est un jour revenu en pleine figure et c’est à ce moment précis que Marguerite Stern a compris que cette étiquette lui collerait à vie : "Après m’être retrouvée dans une situation d’échec dans mon travail à cause de mon engagement dans Femen, je réalise, un peu tard, que oui, c’est une étiquette qui me collera à vie. Et je ne suis d’ailleurs pas la seule à avoir perdu mon travail à cause de Femen. On n’en parle jamais dans les médias, mais cet engagement est un engagement total qui fait qu’on peut-être amenées à se retrouver dans une précarité sociale et financière". Cependant Marguerite ne regrette rien à son activisme et son passé de Femen.

Les prochains épisodes donnent la parole à d’autres femmes. Dans le troisième on y entend celles qu’elle appelle "La relève". Elles sont jeunes, Elles s’appellent Sarah, Inès, Sarah, Myriam, Lilibelle et Anais, elles ont entre 15 et 19 ans et elles sont toutes déjà confrontées au harcèlement de rue. Leurs témoignages font froid dans le dos.

Marguerite Stern est aussi allée à la rencontre des femmes de chambre d’un hôtel de luxe du groupe Elior. Ces femmes font grève dans la rue pour réclamer de meilleures conditions de travail. Aucune de ces femmes n’avait jamais manifesté avant… Une rencontre poignante.

Une série de dix épisodes inspirants

La série sera au total, composée d'une dizaine d'épisodes. Le prochain sortira courant du mois de juin et portera sur une activiste qui colle des sculptures de vulves dans l’espace publique.

Depuis la publication des 4 premiers épisodes, Marguerite Stern a reçu de nombreux messages de femmes qui ont été touchées par son témoignage et sa démarche : " J’ai reçu beaucoup de messages de femmes qui me disaient que parce qu’elles l’avaient écouté, pour la première fois, elles avaient osé répondre à leurs harceleurs, et que ça leur avait fait du bien ".

Ce podcast, c’est une manière de représenter la diversité des femmes qui habitent l’espace publique et les différents moyens de lutte qu’elles utilisent pour se le réapproprier explique Marguerite Stern : " J’essaye de montrer une diversité pour que chacune des auditrices puisse s’inspirer et trouver la forme de résistance avec laquelle elle se sent le plus à l’aise."

"Héroïnes de la rue", c’est un podcast qui est bouleversant, inspirant, révoltant, sans doute un des meilleurs qu’on ait écouté depuis ce début d’année.

Pour suivre la sortie des prochains numéros, rendez-vous sur le Twitter, l’Instagram et l’appli podcast de Marguerite Stern, une femme pour qui on ne peut s’empêcher de ressentir beaucoup d’admiration.

Héroïnes de la rue, prologue