Découvrez le chansigne, l'art de traduire la musique dans un monde silencieux

Le chansigne consiste à interpréter la musique avec son corps. Cet art de plus en plus répandu, permet aux personnes sourdes et malentendantes de découvrir les joies et sensations de la musique dans un univers insonore.

Si les personnes sourdes peuvent apprécier la musique en ressentant les vibrations, il est plus compliqué pour elles de comprendre les paroles. C’est là qu’intervient le chansigne, pour faire face à cette inégalité et permettre aux malentendants de profiter de la musique comme tout le monde.

Le chansigne s’adresse à tout le monde, sourds, entendants, signeurs ou non-signeurs…

Le chansigne peut prendre deux formes : soit il s’agit de reprendre des chansons déjà existantes et les adapter en langue des signes, soit il s’agit de retranscrire un sens, un rythme, des jeux de mots et de la poésie. Dans ce cas cela nécessite une réelle réécriture. " L’objectif étant de rendre au mieux le contenu des chansons, tout en jouant avec les possibilités de la langue des signes. En plus de permettre de rendre accessibles les rythmes et paroles des chansons, le chansigne met en lumière la langue des signes." explique Les Mains Balladeuses, une troupe de chansigneurs.

Clémence Colin, chansigneuse et comédienne

Clémence Colin est une jeune artiste de 27 ans qui propose des spectacles poétiques de chansigne depuis 5 ans. Elle est arrivée au chansigne en passant par la traduction de textes de slam en langues des signes.

Pour Clémence Colin, le chansigne n’est pas une simple traduction des paroles en langue des signes, il s’agit vraiment d’une interprétation basée sur l’expression du visage et des parties du corps : " La langue des signes est très riche. Elle est cinématographique. Elle dispose de nombreux niveaux de langage. Il s’agit d’une langue en trois dimensions : le sens, le corps, la nuance." explique Clémence Colin au site Télégramme. Il n’existe pas d’école ni de conservatoire pour le chansigne, Clémence Colin s’est donc formée seule. Aujourd’hui elle donne des cours de chansigne à d’autres artistes.

La comédienne et chansigneuse enchaîne les projets avec énergie. Elle collabore avec la trompettiste Airelle Besson qui avait repéré Clémence par hasard lors d’une pièce de théâtre que la Rennaise traduisait. " J’ai été subjuguée par sa présence sur scène, sa manière d’être, sa manière de chansigner, très fluide. Je me suis dit : 'Je veux faire quelque chose avec elle' " explique la musicienne.

Clémence Colin a également monté un duo avec Samuel Genin nommé Albaricate. Ils créent ensemble des "Chansons pour les yeux et les oreilles". Lui joue de la guitare et elle chante, raconte la mélodie et les mots avec ses mains et son corps.

Clémence Colin a également travaillé avec la compagnie 10 Doigts pour laquelle elle a adapté le Petit Chaperon Rouge.

L’artiste regrette que le chansigne ne soit pas encore plus développé et intégré à part entière dans le catalogue des arts : "Ce n’est pas toujours facile d’être programmée. On nous réserve souvent les créneaux des soirées 'accessibilité' destinées aux personnes handicapées, alors que le chansigne s’adresse à tous les publics" explique-t-elle au Télégramme.

On peut tout de même noter que les festivals de musique sont de plus en plus nombreux à inviter des chansigneurs lors de leurs concerts afin de les rendre accessibles au plus de personnes possibles. Une première avancée qui ne saurait que se développer de plus en plus à l'avenir, du moins on l'espère!