Vous avez un petit creux ?

Bompas & Parr est un studio londonien spécialisé dans l’art culinaire. Ses fondateurs, deux amis formés en architecture et en marketing, se sont fait connaître grâce à une œuvre axée… autour de la jelly, un plat typiquement anglais.

Aujourd’hui mondialement reconnus — The Independant les a fait figurer parmi "les 15 personnes qui vont définir le futur de l’art en Grande Bretagne" —, Sam Bompas et Harry Parr oscillent entre une démarche artistique et des initiatives en marketing. S’ils ont collaboré avec de grandes marques telles que Coca-Cola, ils ont également travaillé avec le Musée d’Art Moderne de San Fransisco. Une façon répandue d’allier l’art à la publicité, à l’instar de la récente collaboration de la maison de maroquinerie Delvaux avec le cinéaste belge Jaco Van Dormael.

Ensemble, ils s’amusent à réinventer le design de plats et de boissons, toujours avec la même idée : expérimenter. Avec leurs immersions sensorielles, ils décodent notre lien avec la nourriture en produisant des photographies, des vidéos, des installations et des ouvrages. Ils sont notamment les fondateurs de la première institution exclusivement vouée à la nourriture, le Bristish Museum of Food, qui se consacre à l’évolution, la science, la sociologie et l’art des aliments.

C’est en collaborant avec le photographe Addie Chinn et le réalisateur Nathan Ceddia que le studio a créé cette vidéo pour le moins intrigante. "Man vs. Gut" explore le rapport des êtres humains à la faim : les individus filmés ont été appelés à jeûner plusieurs jours avant le tournage… Résultat : les estomacs gargouillent, les ventres se tordent, impatients de recueillir ces plats dégoulinants.

À la première bouchée, c’est la joie, le soulagement, le plaisir orgiastique. Le court film nous plonge dans une expérience auditive proche de l’ASMR, une méthode de relaxation fleurissant sur YouTube qui met en scène des stimuli sonores. Si certains internautes atteignent un nirvana neuronal en écoutant ce genre de sons, d’autres les trouvent totalement horripilant…

À la fois repoussant et satisfaisant, "Man vs. Gut" fait échos à la surexposition de la nourriture sur Internet, notamment avec le phénomène du foodporn, qui pullule sur la toile. "Depuis une dizaine d’années, la façon dont on partage la nourriture à travers Internet et les réseaux sociaux a dramatiquement changé" explique Nathan Ceddia à Nowness, "chaque jour, nous sommes obsédés par les dernières tendances culinaires".

Le studio avait déjà exploré la relation entre le corps et la nourriture à l’heure d’Internet dans un travail précédent, intitulé "Cake Holes", où des fesses nues s’asseyaient sur toutes sortes de desserts…