Les recommandations musicales, le grand enjeu des services de streaming

Les plateformes de streaming musical multiplient les initiatives pour mettre au point des algorithmes de recommandation adaptés à chaque utilisateur.
Les plateformes de streaming musical multiplient les initiatives pour mettre au point des algorithmes de recommandation adaptés à chaque utilisateur. - © Rawpixel / Getty Images

Alors que les plateformes de streaming musical attirent de plus en plus d’abonnés avec leurs catalogues aux millions de morceaux, Spotify et consorts s’efforcent de créer des systèmes de recommandation poussés pour coller, au mieux, aux goûts de chaque utilisateur. Mais à quel prix ?

A une certaine époque, si vous vouliez écouter de la musique sans interruption, il fallait s’assurer d’avoir une grande variété de vinyles, cassettes ou CD sous la main. Dorénavant, vous n’avez plus rien à faire (comme le signale la publicité de Spotify). Les plateformes de streaming musical telles que Deezer et Apple Music proposent des catalogues "quasi infinis". Si l’on estime la durée moyenne d’une chanson à trois minutes, il vous faudrait 285 années avant de parvenir à bout des 50 millions de titres disponibles sur Spotify. Mais cela ne risque pas d’arriver. Des services de recommandations s’assurent que vous ayez toujours quelque chose à écouter, mais surtout que ces suggestions correspondent à vos goûts musicaux.


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Si ces algorithmes s’appuient sur des informations diverses et variées pour y parvenir, Spotify a récemment obtenu un brevet pour qu’ils prennent en compte notre façon de parler. Cette technologie extrairait des métadonnées de nos conversations telles que notre état émotionnel, notre âge, notre genre et même notre accent, dans ce que le géant suédois décrit comme "une approche totalement différente de la collecte des attributs de goût d’un utilisateur". Elle collecterait aussi des informations sur nos préférences musicales à partir des "sons émis par les véhicules dans une rue, les autres personnes qui parlent, le gazouillis des oiseaux, les impressions des imprimantes, etc.".

Comment cette technologie peut-elle être implantée dans les applications de Spotify ? Si la réponse n’est pas encore très claire, cette technologie démontre les efforts d’inventivité que déploient les plateformes de streaming pour s’assurer que vous écoutez "le" bon morceau à chaque instant. Et il s’avère qu’elles disposent d’un laps de temps assez court pour y arriver. Une étude de Deezer a révélé que nous étions enclins à découvrir de nouveaux artistes et chansons jusqu’à l’âge de 30 ans et six mois. Après, nous sommes englués dans "une paralysie musicale", qui nous empêche de nous aventurer au-delà de notre playlist habituelle. Un manque de curiosité que les géants du streaming prennent de plus en plus en compte dans leur propre modèle économique. C’est là qu’entrent en jeu les playlists, ces sélections musicales qui s’adaptent à nos goûts comme à toutes occasions. Vous avez envie d’instaurer une ambiance sonore pour cuire vos pâtes, ou vous souhaitez vous plonger dans l’histoire fascinante des chants de marins ? Il existe une playlist adaptée aux deux.

Des petits arrangements algorithmiques

Certaines comme RapCaviar, Viva Latino et Today’s Hits sont suivies par des millions de mélomanes, et peuvent ainsi considérablement augmenter les revenus des artistes dont on y recommande les tubes. Selon une étude du Centre commun de recherche de l’UE, être classé numéro 1 sur la playlist New Music Friday de Spotify rapportait environ 97.000 euros en 2018 ; un chiffre qui a probablement augmenté depuis. Fort de ce constat, la plateforme suédoise a annoncé en novembre une nouvelle fonctionnalité qui donnerait aux artistes un coup de pouce algorithmique sur ses playlists… s’ils et elles acceptent de renoncer à une partie de leurs royalties. Une initiative particulièrement controversée au sein de l’industrie, et qui a poussé le parlement britannique à ouvrir une enquête sur le modèle économique du streaming musical.

Mais alors peut-on espérer échapper aux algorithmes de recommandation d’Apple Music, Deezer et consorts ? Oui, mais cela demande des efforts, selon Peter Knees, professeur assistant à l’université technique de Vienne.

Lorsque vous continuez à écouter les morceaux qui vous sont recommandés, vous vous retrouvez dans cette boucle de rétroaction. Vous apportez une preuve supplémentaire [aux algorithmes] que c’est la musique que vous voulez écouter, parce que vous êtes justement en train de l’écouter.

a-t-il expliqué à Wired. Certaines plateformes telles que Bandcamp revendiquent une approche "humaine" concernant les recommandations musicales, et proposent à ses utilisateurs de découvrir des nouveautés qui passent "sous le radar" des algorithmes. Une preuve supplémentaire que vous ne serez jamais à court de titres à mettre dans vos oreilles.