Les Ateliers de Couthures : industrialisation des fake news et post-vérité

Les Ateliers de Couthures : industrialisation des fake news et post-vérité
Les Ateliers de Couthures : industrialisation des fake news et post-vérité - © Flora Eveno

Du 27 au 30 juillet, c’est le Festival du Journalisme Vivant à Couthures-sur-Garonne, près de Marmande dans le sud-ouest de la France, un rassemblement qui réunit professionnels de l’information et curieux. 

 

Au programme de ce jeudi, un après-midi sous le chapiteau des Peupliers, accolé à la Garonne pour parler de la vérité journalistique et fausses information. Sous le thème “Informer à l’ère de la post-vérité” présidé par Pierre Haski, cofondateur de Rue89 et très récemment nommé président de Reporters sans frontières, les différents intervenants se sont succédés afin d’apporter quelques éclairages sur la notion de vérité, pour se centrer par la suite sur le terme très en vogue de “fake news”. Celui-ci désigne des fausses informations, la plupart du temps diffusées sur Internet et qui peuvent influer de manière spectaculaire sur les citoyens et leur manière de penser et d’agir, et sur des élections par exemple. 

En début d’après-midi, Pierre Lagrange avait balayé la notion de vérité et interrogé la toute puissance scientifique érigée comme réalité de nos sociétés. Le sociologue a remis en cause le terme-même et proposé de changer notre approche et notre langage. Une mise en bouche à laquelle a succédé une table ronde dirigée par Pierre Haski avec Samuel Laurent des Décodeurs, Hamdam Mostafavi, la nouvelle rédactrice-en-chef de Courrier International et Sophie Mazet, une enseignante d’anglais mais aussi d’ateliers de sensibilisation aux fausses informations. Tous prônent évidemment la vérification des sources dans l’approche journalistique, mais il y a des mises en garde. En effet quand tout doit sans cesse être interrogé, ne tombe t-on finalement pas dans le scepticisme, qui peut lui-même mené à des dérives un peu plus graves ? En clair, mettre en doute la “vérité officielle” peut soit être synonyme d’une enquête journalistique brillante soit aboutir à une dérive inquiétante. Le fonctionnement de doute systématique peut à un moment se mettre au service du complotisme par exemple et un journaliste doit accepter des fois de ne pas savoir.

 

La dernière partie de cette journée à l’heure de l’information et de la post-vérité invitait le sociologue Antonio Casilli pour parler de l’industrialisation des fausses informations. Spécialiste des questions numériques, il débute son brillant exposé sur le lien entre fausses informations et argent en ancrant le sujet, les ancêtres des fake news se retrouveraient finalement dans la propagande catholique, la littérature de colportage ou encore la littérature apocryphe, un savoir alternatif caché qui racontait alors une autre histoire que celle établie. Casilli explore ensuite le registre plus contemporain de la fake news monétisante, avec l’exemple concret de Donald Trump qui a construit sa victoire avec Internet et le ressort des usines à clic qu’il a payé pour établir sa victoire sur le web. En résumé, l’équipe de campagne de Trump a construit sa stratégie de communication sur le principe du matraquage de fausses informations. Si la campagne de Barack Obama avait déjà utilisé les bases de données du numérique en 2012, celle de Trump est d’un tout autre acabit puisque pas véritablement légale. Il a en effet confié sa communication à Cambridge Analytica qui a elle-même fait appel à Amazon Mechanical Turk, qui est une plateforme où des personnes sont payées peu pour faire du clic, du like, du trafic autour d’un article ou d’un site. Les travailleurs y sont payés à la micro-tâche pour quelques centimes, ils sont d’ailleurs de pays émergents pour la plupart, ça sent un peu l’exploitation. Au final ces gens créent un immense trafic sur le site et plus le site est visité, ici artificiellement, plus il apparaît dans les recherches de n’importe qui et plus il peut impacter. C’est un peu le principe de la campagne de Trump, qui a utilisé cette base de données pour envoyer des messages ciblés pour essayer de convaincre des futurs votants. Antonio Casilli finit sa captivante conférence en parlant des conditions des micro-tâcherons dans les usines à clic, qui doivent être protégés comme n’importe qui et dont il est temps de se soucier.

 

Plus d'informations sur le site du Festival du Journalisme Vivant.