Le succès des NFT se fait-il aux dépens des œuvres d'art réelles ?

"Free Comb With Pagoda" de Jean-Michel Basquiat est vendu sous la forme d'un NFT sur la plateforme OpenSea.
"Free Comb With Pagoda" de Jean-Michel Basquiat est vendu sous la forme d'un NFT sur la plateforme OpenSea. - © Courtesy of DayStromNFT | OpenSea

Si vous pensiez avoir tout vu en matière de NFT, détrompez-vous.

Alors que le marché pour ces jetons non fongibles est en plein essor, certains proposent dorénavant de détruire des œuvres d’art afin de les "réincarner" en ligne sous la forme de NFT. Un phénomène qui ouvre de nouvelles perspectives pour les artistes numériques.

Le collectif Daystrom fait son entrée sur le marché des jetons non fongibles en proposant aux enchères "Free Comb with Pagoda" de Jean-Michel Basquiat sous forme de NFT. Cette œuvre mixte sur papier de 1986 est mise en vente sur la plateforme spécialisée OpenSea, où les enchères commencent à un ether (soit environ 2200 euros). Elle avait déjà fait son apparition sur le marché en 2012 chez Heritage Auctions, qui l’avait estimé entre 80.000 et 120.000 dollars (entre 66.000 et 99.000 euros).

Si "Free Comb with Pagoda" n’avait pas trouvé preneur à cette époque, Daystrom a eu une idée farfelue pour faire grimper les enchères sur OpenSea. Le groupe de "provocateurs numériques" anonymes offre la possibilité au futur acquéreur du NFT de "déconstruire" le dessin d’origine à l’issue de la vente, lui permettant de devenir le propriétaire de "la seule forme restante" de l’œuvre de Basquiat.

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Selon Daystrom, cette initiative controversée n’est que le reflet de l’obsession du marché de l’art pour la notion d’authenticité certifiée.

La valeur est devenue de plus en plus fongible, diluée et instable dans notre monde virtuel en constante évolution et il y a un besoin énorme d’exclusivité de la part des utilisateurs. Les NFT offrent cette exclusivité et créent un système de valeur en ligne entièrement nouveau qui était jusqu’ici inimaginable

explique le collectif dans un communiqué.

Renaître de ses cendres

Le groupe soutient également que le futur acquéreur du NFT recevra "tous les droits de propriété intellectuels et droits d’auteur associés à perpétuité" à "Free Comb with Pagoda". Une affirmation surprenante sachant que les questions juridiques associées aux jetons non fongibles, en particulier concernant le copyright, font encore débat au sein de la communauté artistique. Ces questions avaient déjà été soulevées en mars, lorsque le collectif BurntBanksy avait brûlé un tirage authentique de "Morons (White)" de Banksy pour le faire renaître comme une version numérique associée à un NFT.

"L’art va maintenant vivre en tant que NFT", avait déclaré sur Twitter le collectif BurntBanksy, qui avait été créé pour l’occasion par l’entreprise Injective Protocol. La "réincarnation" numérique de "Morons (White)" avait ensuite été proposée à la vente sur OpenSea, où elle avait atteint 228,69 ethers (soit plus de 500.000 euros). Soit quatre fois le prix auquel la gravure avait été achetée à la galerie Taglialatella. "L’objectif est ici d’inspirer. Nous voulons inspirer les passionnés de technologie et les artistes. Nous voulons explorer un nouveau moyen d’expression artistique", avait déclaré Mirza Uddin, le président d’Injective Protocol. Reste à savoir si le futur propriétaire du NFT de "Free Comb with Pagoda" choisira, lui aussi, de détruire le dessin d’origine de Basquiat.