Le "ghosting" ou l'art de l'évitement

Le "ghosting" ou l'art de l'évitement
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Le "ghosting" ou l'art de l'évitement - © iStock

C’est un phénomène qui s’est accentué particulièrement à l’ère de la communication digitale, le "ghosting" (de l’anglais "ghost" qui signifie fantôme) est le fait d’ignorer quelqu’un avec qui l’on est en couple, de ne plus lui répondre signifiant ainsi la fin d’une relation. C’est un peu l’apogée de la lâcheté 3.0. Le terme très récent est apparu dans les journaux en 2014.

Selon une enquête du site de rencontres "Plenty of fish" : 78% des jeunes gens entre 18 et 33 ans se sont déjà fait ghostés au moins une fois (2016). Un chiffre abracadabrant qui révèle une incapacité croissante des "millenials" à communiquer. Ce n’est pas nouveau, Internet a changé notre rapport à l’autre, nous sommes passés dans l’ère non seulement du digital mais aussi de l’écrit. Nous sommes entrés en rupture totale avec les sociétés antiques de tradition orale, que ce soit pour la transmission de savoir ou l’organisation de la vie des cités en général. La communication était alors bien plus directe, avec son lot d’avantages et d’inconvénients. Internet est en fait une des résultantes de l’intellectualisation de notre mode de vie.

Interconnectés mais isolés

Les réseaux sociaux permettent de rester en contact très facilement avec à peu près tout le monde : de cet ami qui habite à l’autre bout du monde en passant par la grand-mère campagnarde ou ce garçon croisé en soirée. C’est en quelque sorte poétique, de pouvoir garder trace de toute relation humaine signifiante ou superficielle. Et pourtant, les gens se sentent globalement de plus en plus esseulé (du moins dans les sociétés occidentales). 18% des jeunes belges éprouvaient un sentiment de solitude en 2012. Pourtant les jeunes sont les internautes les plus connectés. L’explication du ghosting viendrait peut-être de cette lassitude, de cet isolement.

En parallèle, les jeunes gens cherchent de plus en plus à casser cette solitude en naviguant sur des sites de rencontres : 75% des 18-33 ont déjà téléchargé une application dédiée. La majeure partie des utilisateurs cherchent étonnamment une relation sérieuse. Paradoxe.

 

Ce comportement ou tous les autres révélant des parts d’ombre de l’humain ont certes été accentués par Internet, mais il ne les a bien-sûr pas créés. Ils sont simplement symptomatiques de notre époque où l’on a la possibilité de ne pas affronter certaines situations grâce à la communication écrite non-spontanée.