Why The Eye ? Vaudou Game

Why The Eye ? l'album et les masques
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Why The Eye ? l'album et les masques - © DR

Spécimen mystérieux, Why The Eye ? est l’unique représentant de la techno paléo-futuriste, un genre à part, directement importé de la nuit des temps. Entre  transe tribale, krautrock, folklore chamanique, électro et effluves psychédéliques, la musique de ce quatuor masqué explore le dancefloor avec un arsenal  d’instruments fabriqués dans une autre dimension. Le premier album du groupe est une perle rare : un truc dansant, étrangement excitant. Inclassable.

Qui a déjà entendu parler des castabignettes, du radiocaphone ou d’un lamello ? Dans le monde merveilleux de Why The Eye ?, ces instruments sont à la base d’un premier album (d)étonnant. Je me suis mis à les fabriquer au début des années 2000, explique Jean-Paul, luthier masqué et membre officiel de la tribu. J’avais mis au point des objets sonores sans jamais penser qu’on pourrait un jour les associer et former un groupe.

L’impossible se produit à l’hiver 2013. Réunis autour des inventions du créateur, Thomas, Damien et Nicolas s’essaient à une répétition collective. Un grand trip. Sans notice ni mode d’emploi, les musiciens posent les doigts sur des appareils qu’ils ne connaissent pas. Pour jouer, c’est ultra instinctif, raconte Thomas, percussionniste désigné de la meute. C’est l’instrument qui nous dicte la voie à suivre. Les bricolages de Why The Eye ? évoquent immanquablement les  recherches  de Pierre Schaeffer et les créations artisanales de la scène congolaise (de Konono N°1 au Staff Benda Bilili). Je ne me suis absolument pas documenté  sur le sujet, assure J-P. Je voulais partir d’une page blanche, créer des sons. Notre démarche est spontanée. Nous manipulons nos fabrications-maison sans prise  
de tête.
Chez Why The Eye ?, aucune partition ne permet de maîtriser la situation. C’est un petit bazar, mais jamais une cacophonie. 

Nous structurons tous nos morceaux autour d’un groove, d’une rythmique. Nous ne sommes pas là pour faire un brouhaha extrême et expérimental. Nos compos se construisent autour de petites cellules répétitives. Parfois qualifiée de techno préhistorique ou paléo-futuriste, la proposition de Why The Eye ? répond aux logiques de la transe et des farandoles tribales. À force de jouer, nous avons réalisé que notre démarche se rapprochait d’une cérémonie vaudou. Pourtant, à l’origine, il n’y a aucune intention attachée à cette dimension.

Depuis une apparition avortée dans le cadre du Carnaval Sauvage de Bruxelles, Why The Eye ? ne sort jamais sans ses masques. Ils nous permettent de lâcher prise, d’entrer dans des corps étrangers, de nous libérer. Les concerts de la formation se déroulent généralement à même le sol, au milieu de la foule. Nous essayons de casser les frontières qui séparent le public des musiciens. Nous mettons en avant les valeurs du partage et de la communauté. Nous luttons  contre le culte de la personnalité qui prévaut désormais dans l’industrie musicale.

Enregistré aux Ateliers Claus, le premier album du groupe s’agite aux confins du krautrock, de l’électro et d’un folk chamanique dangereusement cintré. Entre  pratique occulte et magie psychédélique, le disque enferme un tube imparable (Papillon), des morceaux magnétiques (Free Gluten) et une version surréaliste de la Brabançonne (ΔΔΔ). Nous sommes Belges, mais pas patriotes. Nous n’avons juste aucune raison de nous revendiquer d’ailleurs. N’empêche, la sortie du vinyle de Why The Eye ? s’accompagne aujourd’hui d’une bière. Sur chaque bouteille, il y a un code de téléchargement. C’est toujours mieux qu’un coupon. Assurément. À consommer sans modération.

article extrait du n° 25 de Larsen

En pratique

Leur prochain concert sera le 15 Février 2018 @ Brass (Bruxelles)

Plus d'infos sur l'album  : le vinyle ou l'album numérique

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

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