Rude #3 : Skinheads et musulmans : "The Bois" fracassent les clichés

Ils sont de Singapour et ils étaient de passage en Belgique pour leur concert à Peer lors de leur tournée européenne. 

The Bois est un groupe de " Oi ! " un style proche du Punk mais joué par et pour les skinheads. Le cliché du néo-nazi violent reste bien ancré dans la société et dans les médias mais pourtant les skinheads ne se résument pas à cette caricature. C’est même carrément l’opposé dont il s’agit.

Le mouvement skinhead est né en Angleterre d’un métissage entre de jeunes blancs prolétaires et de jeunes immigrés jamaïcains à la fin des années 60. Les musiques jamaïcaines de l'époque, reggae et ska ont été un élément fédérateur indéniable.

Les skinheads ont été les premiers fans de reggae en Europe, ils ont même participé à sa popularité. Le début du reggae appelé "early-reggae" a aussi été officieusement rebaptisé "skinhead reggae", c’est tout dire !

Le label Trojan records sera sans conteste la référence majeure pour ces jeunes au crâne rasé, vêtus de chemise Ben Sherman ou de polo Fred Perry et chaussés de Doc. Martens. Fans invétérés de football (mais aussi de baston aux alentours des stades), le club de Chelsea, par exemple, à toujours comme "hymne" dans son stade la chanson "The Liquidator" de Harry J Allstars, un hit "skinhead reggae" de Trojan Records datant de 1969…

La vague suivante de reggae, au début des années 70, éloigna les skinheads de ce style musical car il était beaucoup plus imprégné de mystique rasta. 

Au milieu des années 70, le punk débarque ainsi qu’une certaine forme de politisation de la musique. Le "Rock Against Racism" (RAR) est un festival qui réunit en 1978 des groupes tels que The Clash, Sham 69, Steel Pulse,… La "Oi !" apparaît dans cette même période, dans la foulée du punk.  

Au début des années 80, avec la crise et la montée de l’extrême droite britannique, la mouvance skinhead va être en partie récupérée. L’amalgame "skinhead = néo-nazi" date de cette période. Les skinheads restés fidèles aux origines du mouvement appellent les nazi-skins : "boneheads". Pour les exclure du terme "skinhead".

Le mouvement SHARP pour "Skinhead Against Racial Prejudice" fait son apparition à la fin années 80 en réaction à cette "usurpation d’identité". Roddy Moreno, chanteur du groupe oi ! antifasciste The Oppressed popularisera ce mouvement en Europe. Le symbole des skins SHARP s’inspire du logo de TROJAN records. Il illustre le lien originel entre la Jamaïque et les skinheads.

Aujourd’hui, les skinheads sont présents aux 4 coins du monde.

De Bogota en passant par Montréal, Madrid, Prague jusqu’à Singapour

The Bois est un exemple parfait de la scène skinhead actuelle, fier de son passé multiculturel et radicalement antifasciste. Ils représentent ce à quoi nous devrions penser à la prononciation du mot "skinhead". Les skinheads appartiennent sans conteste à la sous-culture la plus incomprise du XXe siècle.

Pour en savoir plus :

À propos :

"Rude" part à la rencontre des scènes alternatives. Des reportages de styles musicaux très variés qui brisent les clichés et explorent les contre-cultures. Qu’il s’agisse d’artistes ou de collectifs organisateurs d’événements, le but est de mettre en avant des acteurs bien souvent méconnus.