River Into Lake : comment se jeter à l’eau ?

Pour certains, la vie est un long fleuve tranquille. Pour d’autres, comme Boris Gronemberger, il s’agit d’éviter le creux de la vague et de surmonter les déluges quotidiens. Revenu métamorphosé de son intérim chez Girls In Hawaii, le musicien colporte désormais ses mélodies sophistiquées sous l’enseigne "River Into Lake" : un autre nom pour un nouveau départ.

Longtemps caché derrière les majuscules du projet V.O., Boris Gronemberger a manié la baguette chez les Girls In Hawaii et joué de tous les instruments pour Françoiz Breut. Après une courte pause carrière et de longues réflexions, le musicien refait surface aux commandes de River Into Lake.

Rencontre

Je ne me reconnaissais plus à travers l’abréviation V.O., explique-t-il. D’autant qu’en la choisissant au début des années 2000, je n’avais pas anticipé l’essor d’internet. Le détail peut sembler anodin. Pourtant, en tapant V.O. dans un moteur de recherche, le résultat est sans appel : à l’écran, aucune info musicale, mais une multitude de films et séries en version originale. Pour faire front et répondre à ses nouvelles aspirations, l’artiste s’est trouvé un autre nom. River Into Lake est un clin d’œil à un album de Raymondo, un super groupe dans lequel j’ai joué. Puis, j’aimais cette image aquatique où l’affluent vient nourrir une plus grande surface. Cette métaphore s’applique à ma vision de la société. Comme beaucoup de gens, je pense que le monde doit changer. Les initiatives individuelles seront à la source du changement. Chaque goutte d’eau dans l’océan peut faire la différence.

Comme Tame Impala ou Vampire Weekend, River Into Lake est un authentique trompe-l’œil, un groupe de façade derrière lequel Boris Gronemberger prend toutes les décisions. Jusqu’ici, je n’étais pas très à l’aise dans le costume de leader, dit-il. Je n’assumais pas ce rôle. À partir du moment où je l’ai accepté, tout est devenu plus simple

Premier album de River Into Lake, "Let The Beast Out" explore une veine slowcore, à la fois lumineuse et mélancolique. Bordées de somptueux arrangements de cordes, nappées de claviers, les chansons se dévoilent à l’aune d’une étrange pochette. J’ai tout composé au départ de cette image, confie Boris Gronemberger. Ce serpent qui sort de la tête d’un fakir, c’est une allégorie : laisser sortir la bête, c’est affirmer ma nature. C’est aussi la représentation d’un état d’esprit : une façon d’exfiltrer mes idées noires, la colère, les frustrations. Cette démarche proactive traverse d’ailleurs l’album. Un morceau comme "Misunderstanding", par exemple, plonge dans les abîmes de l’humanité pour mettre le doigt sur de tristes réalités. Entre les attentats perpétrés aux quatre coins du monde, le réchauffement climatique et la montée des extrêmes sur l’échiquier politique, j’ai traversé des moments difficiles. Mais l’anxiété n’est pas une solution. Mieux vaut réagir et passer à l’action.

Après les doutes, l’avenir de River Into Lake semble à présent assuré et parfaitement assumé. Dans les prochaines semaines, le multi-instrumentiste défendra, en effet, ses morceaux à travers l’Allemagne. Puis, il accompagnera Agnes Obel tout au long de sa tournée européenne. Si tous les ruisseaux vont à la mer, River Into Lake semble bel et bien sur le bon chemin.

Rencontre extraite du n° 36 de Larsen.

Larsen est le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Édité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

Le n°36 de Larsen est disponible gratuitement en ligne et dans divers dépôts.