R.O. x Konoba : Les carnets des bourlingueurs

R.O. x Konoba
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R.O. x Konoba - © Lou West

Enregistrer dix chansons en dix mois en parcourant dix pays, tel est le challenge un peu fou que se sont lancé Konoba et R.O. Au-delà de son défi logistique, cette aventure est avant tout humaine et musicale. Tout en ayant profité de ce voyage sur quatre continents pour donner des concerts à l’arrache, enrichir leur liste de contacts et se nourrir de l’imprévu, Raphael Esterhazy (Konoba) et Olivier Rugi (R.O) reviennent avec "10", un premier album commun de haut vol. Mélancolique et audacieuse, leur électro / pop ouvre les frontières tout en évitant de tomber dans le piège de la carte postale. Retour sur un trip hors du commun. 

L'interview

Quand remonte votre première collaboration ?

Konoba : Nous avons fait pour la première fois de la musique ensemble voici quatre ans. C’était dans la chambre de R.O à Louvain-la-Neuve. Olivier (Oliver Rugi alias R.O - ndlr) lançait un beat sur lequel je rebondissais avec une idée vocale. C’était assez ludique au début. Si ces premières maquettes n’ont pas abouti, elles nous ont toutefois donné l’envie de travailler ensemble. Quelques mois plus tard, nous nous sommes retrouvés pour deux semaines dans le chalet ardennais de ma grand-mère. C’est là qu’est née la chanson "On Our Knees". Le morceau, qui était prévu pour mon album "Smoke And Mirrors", est sorti en single avec un accueil qui a dépassé toutes nos espérances (le clip dépasse aujourd’hui les 31 millions de vue sur YouTube - ndlr). "On Our Knees" est une chanson emblématique pour nous car c’est avec elle que nous avons trouvé pour la première fois notre alchimie. Nous savions dès lors que, tout en gardant nos projets personnels, nous allions faire quelque chose de gros à deux.

"10" a été réalisé sur la route de manière complètement autonome. Comment vous êtes-vous répartis les tâches ?

K. : Nous connaissons notre background et nos atouts respectifs. Nous nous sommes concentrés là-dessus. Au niveau des idées, c’était un échange constant, un peu comme une partie de ping-pong créative.

R.O : De manière générale, je m’occupais de la production et de la partie électronique. Raphaël posait sa voix, écrivait les textes et jouait de la guitare acoustique. La réussite du projet tient en grand partie au respect que nous avons l’un pour l’autre. Chacun avait un droit de veto. Si l’un de nous deux n’adhérait pas à une idée, on passait très vite à autre chose. Nous savions que nous n’avions pas le temps de tergiverser. Nous nous sommes focalisés sur notre objectif initial qui était de réaliser en dix mois, dix chansons dans dix pays différents et de revenir en Belgique avec un album.

Chaque morceau de 10 est né dans des circonstances particulières et dans un pays différent. Est-ce qu’il y a un fil conducteur qui relie les dix chansons ?

R.O : Musicalement, les chansons mêlent instruments organiques et électro. Elles traitent toutes des relations humaines. Il y est question de femmes, de ruptures, de rencontres , avec tout ce que cela peut impliquer comme nostalgie et mélancolie.

K. : Olivier et moi, on se rejoint là-dessus. La nostalgie et la mélancolie sont deux sentiments que nous avons toujours voulu mettre dans notre musique. Nous aimons cette idée qu’une chanson possède ce pouvoir de nous ramener à un moment précis de notre vie, un peu comme on se remémore un souvenir lointain. Nos chansons ne sont pas forcément tristes, elles ne sont pas non plus toujours joyeuses. Elles évoluent quelque part entre les deux.

Avez-vous dû vous fixer des règles pour garder un minium de cohérence dans l’album ?

R.O : Il y avait les trajets en voiture. Il fallait trouver des plans pour se loger, gérer la paperasse administrative, s’occuper de nos réseaux sociaux. On a aussi donné beaucoup de concerts. Bref, on s’est très vite rendu compte que nous avions finalement peu de temps à consacrer à la confection des chansons. En moyenne, nous consacrions trois jours par mois pour écrire, composer, enregistrer et mixer un titre. Pendant que Konoba conduisait, il m’arrivait de prendre mon laptop pour peaufiner un mixage, histoire de respecter notre deadline… Au final, si le disque est cohérent, c’est parce que nous fonctionnons bien à deux et que nous savons exactement quel est notre rôle dans le projet.

K. : Le but n’était pas non plus de faire un disque qui sonne comme une carte postale avec des instruments ou des influences propres à chaque pays que nous visitions. Nous composions comme nous le ressentions. Et lorsque notre inspiration se laissait guider par le lieu où nous nous trouvions, on se laissait aller. Sur la chanson "I Could Be" créée au Japon, on peut entendre des influences asiatiques mais ça s’est fait de manière naturelle.

Hormis un appel au cofinancement via le crowdfunding, ce voyage artistique de dix mois s’est fait sans le moindre soutien financier et structurel extérieur. c’était un choix délibéré ?

R.O : J’ai été signé pour mon projet solo sur la major Sony et je n’ai fait finalement qu’un morceau avec eux. Sans pointer l’un ou l’autre dysfonctionnement, je me suis rendu compte que ce n’était pas pour moi. Il y a sans doute plein d’avantages à avoir un label qui te soutient. Mais c’est aussi stimulant de devoir ne répondre qu’à toi-même artistiquement. Pour le projet 10, il était important de garder notre liberté. Quand nous sommes partis, il y a eu bien sûr dans mon entourage plein de réactions pessimistes. Plusieurs fois, j’ai entendu : Vous êtes fous, ça va être galère sur galère ou vous allez finir par vous taper sur la gueule. Nous sommes sans doute fous et nous avons effectivement connu des galères, mais on ne s’est jamais mis des pains sur la tronche. Et nous revenons avec un album.

K. : De mon côté, je n’ai pas eu de réactions négatives en amont. Mais maintenant que l’album est terminé, j’ai des potes qui me disent : On n’osait pas vous le dire, mais jamais nous n’aurions crû que vous alliez y parvenir.

Si vous ne deviez retenir qu’un plan galère…

K. : Lors de notre passage à Dresde, en Allemagne, notre booker local avait organisé un concert dans une grosse salle. Une trop grosse salle… qui se situait en dehors de la ville, en plein zoning industriel. C’était un mardi soir, le prix du ticket était assez élevé. Résultat des courses : on a joué devant cinq personnes. On s’est donné à fond, mais c’était assez étrange. Le mec qui faisait la billetterie nous regardait bizarrement.

Et un plan imprévu ?

K. : Nous avons joué en Arménie dans le cadre des festivités organisées à l’occasion du sommet de la Francophonie. À l’issue de notre live, un jeune étudiant nous a proposé de donner un concert le lendemain après-midi dans un squat. On s’est dit pourquoi pas ? Nous nous sommes retrouvés dans une cave minuscule, sans sono. Et on a fait le concert à l’arrache. Je mixais le son en même temps que nous jouions. Les gens étaient chaud boulette. Un truc complètement rock and roll…

Quel enseignement principal retenez-vous de cette expérience de dix mois ?

K. : Je comprends désormais que c’est en traversant des périodes difficiles qu’on évolue le plus. Se lancer dans ce projet, c’était complètement mégalo. Budget, visas, bouffe, transport, matériel… Il a fallu gérer plusieurs paramètres logistiques sans oublier que notre projet était avant tout artistique. Au bout de l’aventure, nous revenons avec un album dont nous sommes fiers et le sentiment d’avoir grandi. Humainement et professionnellement. C’est clair que nous ne sommes plus les mêmes qu’au début de notre voyage.

R.O : De retour en Belgique, je me dis que tout est désormais possible. C’est motivant pour le futur.

Prochains concerts

Ils seront au Verdur Rock le 29 juin.

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Édité par le Conseil de la Musique , il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

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