Nuits Botanique : Gaël Faye percute avec grâce !

Popularisé par le succès de son roman "Petit Pays", il est écrivain, chanteur, poète.  Sur scène, il sublime toutes ses identités artistiques et propose de porter haut les valeurs du métissage. Un concert d’une force inouïe à (re)voir à Esperanzah ! le 3 août prochain, courez-y !

Du grand Gaël, on ne savait pas grand-chose. Juste un vague souvenir d’un duo à un concert de Jali il y a bien longtemps. Puis, comme beaucoup, on a acheté son roman "Petit Pays" adoubé par la critique, racontant son histoire d’enfant vivant dans le Burundi des années nonante déchiré par le génocide, et débarqué ensuite en France.

Le titre de son premier album "Pili Pili sur un croissant au beurre" annonçait en 2012, avec toute la poésie qui lui sied, le métissage qui le constitue. Trop noir ici, trop blanc là-bas, Gaël a construit son art sur cette impossibilité de répondre à l’exigence de la norme. Terreau de son inspiration et de sa démarche artistique, il en a fait une incroyable force, qu’il transmet instantanément sur disque comme en public.

Sur son magnifique EP "Rythmes et botanique", sorti l’année dernière et qui prend aux trippes dès les premières percussions. Et sur scène, l’abordant comme un vrai boxeur prêt à en découdre avec cette vie qui nous blesse, nous met à l’épreuve mais dont il nous exhorte à garder en toute circonstance le gouvernail.

Ancré dans son histoire, son talent réside d’abord dans son art de transformer ce vécu personnel en un propos sociétal diablement percutant. Comme l’illustre, par exemple le génial "Irruption" porte-voix catalyseur des forces de révolte et d’auto détermination de tous les marginalisés par le cynisme du système. Et qui se termine par cette trompette, en magnifique signature.

Accompagné de deux musiciens virtuoses, l’un aux claviers et à la trompette, l’autre aux "machines", il déroule son flow avec une aisance et une persuasion qui embarque intensément une Orangerie depuis longtemps "sold out" et sans doute surprise par l’intensité du moment.

Avec l’héritage assumé de la chanson française, le coté brut et direct du hip-hop et l’amour évident des sons organiques, le mélange nous enveloppe de bout en bout même sans connaître toutes les chansons. Sacrée gageure dans un show visuel qui lui aussi vous éblouit.

Sorte d’écrin lumineux, tantôt tamisé, tantôt puissant en écho d’une écriture qui oscille entre revendication et délicatesse. Une prouesse unique à propager d’urgence qui trouvera au Festival Esperanzah ! une résonance parfaite de valeurs et d’énergie. Un rendez-vous qui nous fait déjà saliver !

François Colinet

En concert le vendredi 3 aout au festival Esperanzah ! (Abbaye de Floreffe)

Gaël Faye "Rythmes et botanique" (Exccuse my french / Caroline)