"Microshift" : le son psychédélique et changeant de Hookworms

« Microshift » : le son psychédélique et changeant de Hookworms
« Microshift » : le son psychédélique et changeant de Hookworms - © Tous droits réservés

"Microshift" (qu’on pourrait traduire en français par microchangement) : c'est le titre plutôt inapproprié que les membres de Hookworms ont trouvé pour leur dernier album. Réputé pour leur son psychédélique/post-punk plutôt nerveux et foisonnant de bruits, le groupe originaire de Leeds a radicalement changé son identité musicale depuis la sortie de son deuxième album en 2014 : sonorités plus claires, usages fréquents de synthés, influences électro des années 80 font désormais partie de son ADN. Le séisme est de grande magnitude.

Dès le premier titre, le krautrock/pop "Negative Space", le changement est apparent : c’est vers une musique plus épurée que jamais que le groupe tend. Impossible par exemple de ne pas s’étonner en écoutant MJ, le chanteur, pianiste et leader du groupe, dont la voix généralement criarde a indéniablement gagné en clarté, révélant des capacités vocales jusque-là insoupçonnée. Il faut dire que ses talents vocaux n’ont jamais été aussi bien mis en valeur. Auparavant noyés dans une production musicale garage très brute de décoffrage, ses mots sont désormais parfaitement nets et distinctifs, au même titre que les instruments qui l’accompagnent. Il y a même, diantre, un aspect mélodieux à la plupart des chansons. Elles ne se prêtent toujours pas à la danse, mais on ne résistera pas à taper du pied sur quelques-uns des meilleurs titres.

Si de tels changements pouvaient laisser craindre que le groupe ait perdu de son âme, il n’en est rien. L’ambition de Hookworms n'a jamais été d'être ouvertement commercial, et Microshift ne sacrifie pas l’étrangeté, le goût pour l’expérimental et la sensibilité poétique qui les caractérisent. Avec ce troisième album, ils agrandissent tout simplement leur palette, explorant de nouvelles possibilités musicales. Plus accessible au grand public, peut-être, mais toujours aussi audacieux, comme l’en attestent les multiples dissonances qui parcourent l’album. Les titres se suivent de manière abrupte, nous passant sans crier garde du rythme effréné et répétitif de "Boxing Day" à la rêverie planante de "Reunion".

Pendant ses quatre années d'absence, Hookworms a traversé de multiples problèmes, auquel le groupe fait allusion tout au long de ce troisième opus. Le chagrin d’amour, la dépression (How long's forever? répète MJ sur le premier titre) et le deuil planent sur les paroles. Dans "Boxing Day", ils font explicitement référence au jour où le studio du chanteur fut détruit par une inondation, plaçant l’avenir de Hookworms en danger. Mais l’écoute de ce dernier album a de quoi rassurer les plus inquiets : c’est l’œuvre d’un groupe en pleine puissance, capable de se réinventer et de s’ouvrir au public sans sacrifier son identité sur l’autel de la pop FM.  Une évolution puissamment satisfaisante.