L'Epée, avec Emmanuelle Seigner, redonne vie au rock abrasif et psychédélique

L’Épée se produira dès le 21 septembre à Angers, prélude à une tournée qui transitera notamment par Zurich (28 novembre), Amsterdam (6 décembre), Londres (9), Paris (14), Toulouse (18), Perpignan (20).
L’Épée se produira dès le 21 septembre à Angers, prélude à une tournée qui transitera notamment par Zurich (28 novembre), Amsterdam (6 décembre), Londres (9), Paris (14), Toulouse (18), Perpignan (20). - © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

L'Épée : c'est sous ce nom que l'actrice et chanteuse Emmanuelle Seigner, le groupe Limiñanas et l'Américain Anton Newcombe défendent avec classe un rock abrasif, fiévreux et psychédélique qu'on croyait révolu, invoquant autant le Velvet Underground que Ronnie Bird. Ils sont quatre, chacun incarnant un point cardinal de cette arme aussi datée que la musique qu'ils jouent : le pommeau pour le savant Newcombe (production), les quillons pour Marie (batterie) et Lionel Limiñanas (auteur-compositeur guitariste), la pointe pour Seigner (chant), à l'origine du projet. "Au départ, ce devait être mon album solo, puis Anton a eu ce rêve dans lequel lui est venu l'idée de former L'épée", explique l'actrice qui compte trois albums, dont un avec Ultra Orange, et qui s'était invitée sur l'excellent "Shadow People" des Limiñanas, déjà produit par Newcombe, tête pensante du groupe Brian Jonestown Massacre.

Ainsi reformée, la fine équipe s'apparente "à des techniciens œuvrant dans le même réacteur nucléaire", plaisante ce dernier qui a apposé sa griffe aux compositions des Limiñanas. "Anton a donné un côté sauvage aux chansons", abonde Emmanuelle Seigner. "Il a aussi fait ressortir ce quelque chose de mystérieux qui émane de nos morceaux", complète le barbu Lionel. "Quand on travaille avec des gens qui ont du talent, de la personnalité, on peut aller dans plein de directions différentes. Un groupe implique un effort collectif. Ça donne un résultat d'ampleur quand chacun joue à ce point bien qu'on ne se focalise sur personne en particulier", souligne l'intéressé, dont le label, Keep Music Evil, est aussi un leitmotiv: "que la musique reste diabolique".

Nul hasard donc si "Diabolique", qui sort vendredi, donne son titre à leur album, qui contient en outre trois titres écrits par l'ami Bertrand Belin et qui s'avère particulièrement "cinégénique". Des images "Tarantiniennes" et "Leoniennes" surgissent à son écoute, "Polanskiennes", même, sur "La brigade des maléfices", qui rappelle "La 9e porte", film dans lequel jouait... Seigner elle-même. Cette dernière a volontiers mis entre parenthèse sa carrière cinématographique pour se consacrer à L'Épée. "J'ai trouvé un environnement musical idéal avec les Limiñanas. J'ai l'impression de les avoir attendus toute ma vie. J'ai toujours voulu faire du rock, mais à 17, 18 ans, je ne connaissais personne dans ce milieu fermé. Mon grand-père était à la Comédie Française. Faire du théâtre m'aurait été facile, mais du rock, c'était trop loin de mon éducation", confie-t-elle.

"Le rock m'a sauvé la vie" (Newcombe)

 

Pour les Limiñanas, en revanche, le rock a été déterminant. "Nous venons d'un coin, dans les Pyrénées Orientales, où l'on s'ennuyait dur. Où quand tu n'aimes pas le sport, tu n'as rien. Pour moi, la seule possibilité d'aventure, c'était de plonger la tête dans les disques. La découverte des Stones, c'était quelque chose : on prenait la pochette, on décortiquait tout. On n'avait pas les bios d'Internet, tout ça était très romantique, mystérieux, excitant. C'est une époque où on s'est construits", raconte Lionel.

"Je crois vraiment que le rock a sauvé ma vie", affirme pour sa part Newcombe. "Quand on est jeune, on peut ressentir une forme d'aliénation, du fait de se sentir différent des autres. Ça a été mon cas, mais plus je comprenais les artistes qui exprimaient leur façon d'être à travers la musique, moins je me sentais seul. Je suis alors passé du stade de la dépression à celui d'avoir juste des problèmes à résoudre dans la vie. Ce n'est pas si mal."

En juste retour des choses, L'Épée s'emploie avec noblesse à entretenir la flamme d'un genre qui attire de moins en moins les jeunes. "On n'est pas là pour sauver le rock. Mais il nous incombe de transmettre et de guider. On marche tous sur ce long chemin. Derrière nous, les kids voient au loin une autre lumière, qui leur prouve qu'ils ne sont pas seuls. C'est très important d'éclairer leur chemin pour qu'ils puissent nous suivre", conclut Newcombe. Un chemin qui les conduira dès le 21 septembre à Angers, prélude à une tournée qui transitera notamment par Zurich (28 novembre), Amsterdam (6 décembre), Londres (9), Paris (14), Toulouse (18), Perpignan (20).