Juicy : Les filles d'à côté

Juicy : Les filles d'à côté
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Juicy : Les filles d'à côté - © michaelferire.com

Au rayon " reprises décalées ", Juicy s’est fait un nom. Après une tournée marathon, les deux filles se risquent à la composition sur Cast A Spell, premier EP pimpé au hip hop et aux paillettes R&B. Poing levé et voix juxtaposées, les Bruxelloises remettent le mouvement girl power au goût du jour. Avec amour et beaucoup d’humour.

En ce début d’année, Juicy trouve à peine le temps de manger. Interceptées entre une soupe et des rāmen, Julie Rens et Sascha Vovk marquent une micro pause de midi. Enfermées au Théâtre National, les filles composent actuellement la musique de L’éveil du printemps, le nouveau spectacle du metteur en scène Armel Roussel. C’est que, depuis leur rencontre au Conservatoire de jazz, les deux copines touchent à tout avec style et audace. Après avoir posé leurs voix dans des groupes soul-funk, gospel ou trip hop, elles fusionnent à l’occasion d’un vernissage d’exposition sur le thème de l’inconfort. Pour coller au leitmotiv de l’expo, nous avons repris des chansons misogynes ou sexistes sous le nom de Juicy, explique Sasha Vovk. Le duo revisite alors le Work it de Missy Elliott ou l’énorme Partition de Beyoncé. Musicalement, la formule est minimaliste. De sa main gauche, Julie Rens gère un petit pad, tandis que les doigts de sa main droite galopent sur les touches d’un clavier MIDI. À ses côtés, Sasha Vovk gratte sa guitare acoustique, tout en s’autorisant quelques détours par le piano. Chapardés à la charnière du nouveau millénaire, les gros tubes R&B et autres blockbusters de la sphère hip hop deviennent le fond de commerce de Juicy. Casquette sur la tête, sourire aux lèvres, les nanas tapent l’ambiance avec des hits revus et corrigés. Sur scène, elles soignent aussi une image ouvertement déjantée. Jogging XXL ou survêt’ de football américain : la garde-robe est connectée au délire.

Pendant deux ans, Juicy accepte tous les plans : le groupe se produit dans des clubs établis, mais aussi dans des lieux pourris. Nous avons joué partout pour ressembler l’argent nécessaire à l’enregistrement de Cast A Spell, notre premier EP. Parties des chansons des autres, les filles enfilent aujourd’hui cinq titres originaux. À un moment, il a été question de changer de nom, histoire d’assurer une transition entre les reprises et nos compos. Sauf que, Juicy, c’est nous. Musicalement, c’est l’affirmation de nos influences. Nos chansons s’enracinent dans les traditions hip hop et R&B. Nous reprenons ces codes en essayant de les détourner. Sorti en éclaireur, le single Count Our Finger Twice débarque en pleine polémique #Metoo. À l’heure où les stars hollywoodiennes balancent leurs porcs, Juicy met sa chanson dans un clip à sensation. Réalisée par l’animateur Jan Schmicker, la vidéo met en scène une course-poursuite teintée d’un féminisme frondeur et sexy. Nous sommes pour l’égalité des sexes, insiste Julie Rens. Ceci dit, notre prise de position n’est pas radicale. Ce clip, c’est du second degré, même s’il arrive dans un contexte controversé. Les images peuvent interpeller des gens qui ne nous connaissent pas. Mais il suffit de se pencher sur notre cas ou de nous voir sur scène pour comprendre que notre discours passe aussi par l’humour. Léger dans le ton, farouche sur le fond, Cast A Spell s’attaque à des sujets graves (les agressions sexuelles) et sensibles (la relation homme-femme). Parfois, nous avons quand même envie de jeter un sort à tous les mecs qui ont mis une main aux fesses d’une inconnue. Vous voilà prévenus.

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

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