Do it yourself, et lutherie sauvage

Instruments DIY, modulaires, lutherie sauvage, circuit bending,… Autant de pratiques de plus en plus répandues au sein des différentes sphères musicales et qui, de la philosophie de la récup’ au désir constant d’innovations et de création, ont drivé une armée de joyeux fous. On vous en présente quelques-uns. La première règle, c’est qu’il n’y a pas de règle.

Les principes de base nous dit Xavier Gazon qui s’amuse à racheter des vieux jouets et à en changer les circuits pour en modifier les sons, c’est la liberté de jouer sans interdit et le partage de données et du savoir. En fait, on n’est pas loin de l’univers des hackers, mais au niveau musical. Les mots qui sont employés ("S’amuser", "Jouet") ne le sont pas par hasard et reviennent dans les explications données par chacun des protagonistes rencontrés qui quasi tous évoquent une formation classique assez longue et rébarbative à laquelle ils ont voulu apporter un contrepoids. 

Vincent Van Sull, professeur de musique qui donne des formations tant aux enfants qu’aux adultes, parle ainsi d’un retour au jeu quand il donne à ses élèves des objets du quotidien et qu’il leur demande d’improviser des sons en étant à l’écoute des autres. On revient à l’essence même de l’expression "je joue d’un instrument". Une démarche pédagogique qui apporte énormément de fascination aux participants qui se rendent compte qu’ils peuvent non seulement eux-mêmes fabriquer un instrument à partir de rien, mais aussi faire de la musique sans forcément avoir une formation en académie. Même constat pour Guillaume Codutti, percussionniste au sein de Sysmo qui donne lui aussi des formations : Je me suis rendu compte que les gens accrochaient facilement parce que ça les mettait à l’aise de taper avec des fourchettes ou des cuillères plutôt que de poser les mains sur un vrai xylophone ou de souffler dans une trompette.

Tout est prétexte à sons

L’accessibilité est en effet centrale dans ce que l’on appelle la lutherie sauvage. Considéré comme un des précurseurs en Belgique, Max Vandervorst détourne depuis près de 30 ans des objets du quotidien pour en sortir des sons. Dans ses spectacles, on peut le voir jouer de la flûte traversière avec un guidon de vélo, de la trompette avec un arrosoir ou taper sur son scoutophone, sorte d’arbre à percussions fait de gourdes de camping et de plats en inox. L’inspiration est partout et totalement infinie. Par exemple, les caddies des grands magasins sont une source formidable et m’ont donné l’inspiration d’un spectacle. Les brocantes également, d’ailleurs j’y fais chaque semaine mes gammes d’imaginaire. Et quand on lui demande s’il est constamment en train de chercher de nouveaux objets, il dit : J’essaye quand même de bien me comporter et de ne pas souffler dans les tuyaux des gens quand je leur rends visite.

la suite du dossier page 24 dans le numéro 19 de Larsen, le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie Bruxelles

 

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

disponible actuellement : Larsen #19 / septembre-octobre 2016