Dario Mars & The Guillotines : Tranches de vie

Seringue d’élixir de longévité à la main, Renaud Mayeur, passé par Hulk, Triggerfinger, La Muerte et Les Anges mais aussi compositeur de musiques de films, fan absolu des Stranglers et de cinéma de genre,

Renaud Mayeur donc revient à la tête de Dario Mars And The Guillotines. À ses côtés toujours : l’envoûtante Bineta Saware au chant, David Kostman à la basse et aux claviers. Dans leur bagage : The Last Soap Bubble Crash, un deuxième album pour lequel tous les concernés se sont donnés à fond ! Et, recruté dans la foulée, Barry van Esbroek, le nouveau batteur.

Ce nouvel album, nous a-t-on dit, est le fruit de gros efforts. Qui répondaient à la pression du deuxième disque ? À l’envie de mettre une claque à l’auditeur ?

Renaud Mayeur : Non, pas du tout… Mon bassiste et moi, nous voulions nous retourner sur notre vie, nous dire que nous avions été au bout d’un truc. Et surtout, pas question de faire un énième tribute band ou de piocher dans le catalogue des bands mythiques pour finir écrasés par nos idoles. Nous n’avions plus envie de " faire du ", mais de notre soupe, quoi. Pas mal de choses se télescopent dans ce groupe, des influences cinéma, et puis des trucs plus intenses, un peu acid rock…

L’album nous est arrivé avec ce petit avertissement : " pas de disto, que de la fuzz " !

C’est vrai ! C’est ce qui colle le mieux à ma gratte. Enfin, ce qui plaît à mes oreilles. C’est vraiment une question de goût : je trouve que ça a plus de gueule. J’ai essayé beaucoup de guitares et j’ai opté pour un trio dont je ne me détache pas : une SG, une Tele et une Gretsch. Ce sont trois guitares que je trouve fameuses. Et puis je cherche un son, avec mes trois amplis : un Vox, un Fender et un Bassman. Ça tient de l’envie de chercher. Tout ce que j’écoute, ce sont des mecs qui ont cherché. Que ça soit Eddie Cochran, Chuck Berry, ou Charlie Christian qui a mis de l’électrique dans du jazz, ou bien les Stooges : c’était nouveau ! Hawkwind, le Velvet Underground, ce sont des gens qui ont cherché.

Marre des recettes déjà établies ?

Pourquoi arrêter de chercher à un moment pour aller piocher ? Comme les Hives ont été piocher dans les Sonics, ou comme Kravitz a été piller Hendrix… Il n’y a pas de raison ! Pour moi, toutes ces musiques issues du rock vont mourir si on continue comme ça. À un moment, je me suis dit que ça ne m’intéressait plus. Ça n’a aucun sens. Tu vas le faire en moins bien ! Une version wallonne 2016 de Motörhead ? À 40 balais ? Ben non ! Donc, j’essaie de faire ma soupe, tout simplement. David, le bassiste du groupe, lui, vient du classique et du jazz. Ça me touche personnellement moins, mais avec sa connaissance théorique de la musique, il a réussi à améliorer les choses. Déplacer un accord, des petits trucs comme ça… Il y a 10% de théorie dans mes plans, mais franchement, c’est chouette : on cherche !

Vous vous retournez souvent sur votre parcours ?

Récemment, j’ai réécouté tout ce que j’avais fait. Je me disais que c’était juste de l’énergie. Mais non, il y a aussi autre chose. À l’époque, je rêvais d’approfondir, mais eux voulaient rester dans la brutalité. Je trouvais ça dommage. Ici, j’ai réécouté quelques trucs de Hulk et des Anges que je trouvais vraiment bien. Surtout Les Anges : il y avait déjà une soupe interne. J’avais déjà envie d’incorporer du theremin, du Farfisa, des sons de films d’horreur des années 50 dans du rock saignant. Mais les gens qui nous suivaient ne s’y sont pas retrouvés, on a perdu tout le monde en chemin.

La musique de film a toujours été omniprésente dans votre travail ?

Oui, c’est ainsi que je fonctionne et ça fait partie de mon parcours. J’aime le pouvoir de ces mélodies et de ces arrangements qui peuvent évoquer des images. Avec quelques notes, un son, tu crées un paysage, une sensation… C’est excitant !

article extrait du magazine Larsen n° 20

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

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