BaliMurphy - Du chant dans les voiles

Nos voiles
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Nos voiles - © cover Jean-François Spricigo - Freaksville Records

Après un petit passage à vide et une solide remise en question, BaliMurphy fait souffler un vent d’air frais dans ses chansons. Un nouvel album en poche, les cinq musiciens explorent les soubassements d’un rock festif en picorant dans l’histoire du blues et des musiques folkloriques. Disque lumineux, "Nos voiles" chante l’amour et mène la vie dure aux rabat-joie. Avec le sourire.

Bruxelles, début 2017. Du côté du Botanique, on profite des premiers jours de l’an pour dévoiler de nouveaux noms dans la programmation de saison. Annoncé pour la fin du mois d’avril, le concert de BaliMurphy suscite d’emblée l’adhésion du public. Les tickets se vendent tellement bien que l’organisateur est amené à déplacer la prestation dans une salle de plus grande capacité. Dans le métier, on appelle ça un succès.

À la veille de la sortie de son quatrième album ("Nos voiles"), le groupe bruxellois n’a jamais été aussi attendu. Un couronnement pour une formation qui met du cœur à l’ouvrage depuis 1999. On s’est beaucoup cherché pendant les premières années, raconte le batteur et parolier Mathieu Catala. Au départ, le projet s’inscrivait dans un cadre délimité par le rock festif et la chanson volontariste. À partir de 2009, BaliMurphy s’engage sur une route à son image : un chemin rocailleux, un peu escarpé et poussiéreux, qui arpente les territoires d’un blues modernisé par quelques figures mythiques (de Tom Waits à Wovenhand). Au terme du trajet, il y a toujours le soleil et des hymnes jubilatoires, façonnés au contact des musiques traditionnelles et d’un folklore sans temps mort.

Inconsciemment, BaliMurphy juxtapose les décors américains de Giant Sand avec un panorama typiquement français (Les Ogres de Barback, Les Têtes Raides, La Rue Kétanou). À un moment, nous avons ressenti le besoin d’exprimer d’autres facettes de notre personnalité. La métamorphose de BaliMurphy est partie de là. Avant, certains nous identifiaient comme un ersatz de Louise Attaque. En 2012, cette mutation se cristallise dans les chansons de La déroute, album façonné en compagnie de Kris Dane, chanteur de blues passionné et producteur tout trouvé.

Après cet épisode, le groupe s’engage dans une tournée en dent de scie. En France, notre précédent album n’a pas suscité l’enthousiasme escompté… Cela a fait naître quelques frustrations au sein du groupe. À un moment, la possibilité de mettre un terme à l’aventure a même été envisagée... D’un autre côté, cela a mené à une remise en question. Elle était nécessaire. Quand on approche de la quarantaine, il est normal de mettre les choses en perspective. Nos premières interrogations sont arrivées naturellement. Avait-on envie d’enregistrer un nouvel album ? Avait-on des choses à raconter ? Dans un cas comme dans l’autre, la réponse était positive. Le morceau titulaire du nouvel album, "Nos voiles", évoque d’ailleurs ce besoin d’aller de l’avant. Chez BaliMurphy, le feu sacré brûle encore. Humainement, déjà, nous formons une belle bande de potes. Au-delà de cette amitié, on se retrouve sur des sujets politiques et philosophiques. Nous passons beaucoup de temps ensemble. Artistiquement, on se dispute souvent. Nos différends ? On les règle à force d’arguments. C’est parfois long et douloureux, mais cela renforce toujours notre esprit d’équipe. Avec BaliMurphy, on adhère à un objectif commun : un but qui, invariablement, dépasse les volontés individuelles.

Dégommer les idées noires

Après un disque baptisé "La Déroute", le nouvel effort de BaliMurphy met l’optimisme au cœur de ses chansons. Ici, le groupe porte l’espoir en étendard. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde terriblement catastrophiste. La morosité plombe nos sociétés. L’issue fataliste apparaît désormais comme une voie acceptable. On entend tout et n’importe quoi : on promet un avenir sinistre aux jeunes, des lendemains qui déchantent aux vieux. Mais au fond, c’est quoi l’idée derrière ce grand défaitisme ? Que les gens restent chez eux, cloîtrés derrière une serrure à double tour ? Avec "Nos voiles", on cherche à dégommer toutes ces idées noires. À ce titre, BaliMurphy témoigne même d’un certain engagement.

Dans "Le Temps des Sifflets", la formation s’emporte notamment contre les décideurs belliqueux et autres caprices d’un nationalisme va-t-en guerre. On rejette en bloc certains vices propres à l’époque. Dans la chanson "Le Calendrier", par exemple, nous dénonçons ouvertement la xénophobie ambiante. La peur de l’autre est en train de devenir une doctrine. De nos jours, tout ce qui ne nous ressemble pas est censé nous effrayer. Et ceux qui ne pensent pas de cette façon sont presque amenés à s’excuser. Pourtant, rien ne serait pareil dans le monde si des gens n’avaient pas voyagé. Et, en matière de trip à l’étranger, BaliMurphy en connaît un rayon. Depuis 2010, la troupe tourne régulièrement. Suisse, Italie, France et Canada sont d’ailleurs des étapes habituelles sur la carte d’un groupe foncièrement attaché à ses racines. Avec le morceau Rue de Flandre, Balimurphy marque ainsi son attachement à Bruxelles. On aime voyager, bourlinguer aux quatre coins du monde, mais ça ne nous empêche pas d’adorer notre ville. Enregistré fin 2016 dans une maison de campagne à Bièvre, "Nos voiles" s’est levé en quelques jours à peine. Par le passé, il nous est arrivé d’enregistrer encore plus rapidement. Mais nous étions totalement insouciants. Disons qu’ici, on renoue avec la spontanéité de nos jeunes années. De quoi s’offrir une seconde jeunesse. Avec l’art et la manière.

Le concert de BaliMurphy au Botanique le 21 avril est complet.

Article extrait du n° 22 du magazine Larsen

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

Le n° 22 de Larsen est en ligne