Azmari, un autre monde

Azmari
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Azmari - © DR

Installés au cœur de la capitale européenne, les six musiciens d’Azmari brassent les cultures du monde dans un disque captivant. Éthio-jazz, soul-funk, afrobeat et folklore psychédélique, directement importés du Bosphore, alimentent le grand trip instrumental d’un groupe favorable aux migrations en tout genre.

Des confettis, un brasero, des parasols et quelques guirlandes lumineuses défilent sur le trottoir. Le tout est chargé dans un camion. Direction ? La fête la plus proche. Face au va-et-vient de cette entreprise spécialisée dans la location de matos pour événements festifs, un immeuble sert de repaire à d’autres experts de la teuf.

Réunis sous le nom d’Azmari, six musiciens se rassemblent à Ixelles, dans une cave transformée en local de répétition. Cet endroit est étroit, admet Jojo Demeijer, percussionniste et locataire des lieux. Comme nous jouons les uns sur les autres, nous sommes dans un dialogue permanent. On se parle, on s’écoute. Un morceau d’Azmari correspond toujours à la somme de nos idées.

Né d’une passion pour l’éthio-jazz et les mélopées qui tournent autour de la figure du vibraphoniste Mulatu Astatke, le projet s’établit, dès 2015, sous le nom d’Azmari. Référence directe à l’Éthiopie, le mot désigne les musiciens qui parcourent les rues en chantant sur des airs de masenqo, instrument traditionnel joué avec un archet. Passionnés, les gars d’Azmari n’ont pourtant jamais mis un pied en Éthiopie. Pour nous, ce pays reste un rêve accessible, précise le batteur Arthur Ancion. Quand une région du monde nous intrigue, nous mettons tout en œuvre pour y aller. Nous organisons les tournées nous-mêmes. On part du principe qu’il suffit de dégoter des billets d’avion à bon prix et de trouver quelques dates de concert sur place. Même si ces trips d’aventuriers se jouent souvent à perte, Azmari tire profit de ses pérégrinations. Humainement et musicalement, ces voyages nous apportent énormément

Turkish Delight

Ainsi, au printemps 2017, fidèle à ses bonnes intentions, la formation bricole une tournée en Turquie. Nous sommes partis avec trois dates planifiées dans notre agenda. Le premier soir, nous avons joué dans un café. Le lendemain, des gens du coin sont venus nous trouver avec trois propositions supplémentaires. Finalement, nous sommes restés sur place pendant dix jours. Hébergé chez des musiciens stambouliotes, le groupe bruxellois se frotte à de nouvelles sonorités. Les mecs étaient à fond dans le rock psychédélique. Ils tenaient absolument à nous faire écouter le meilleur de la culture locale : les disques de Selda, Erkin Koray ou Okay Temiz.

Ce voyage va marquer les esprits et modifier l’ADN d’Azmari. De retour à Bruxelles, les musiciens enrichissent leur répertoire avec quelques souvenirs ramenés de Turquie. Entre une longue flûte appelée kaval et un luth connu sous le nom de saz, les cuivres d’Azmari s’exposent aux doux parfums du rock anatolien. À la tête de solides compositions, la troupe envisage d’enregistrer son premier disque. Mais pour transformer l’essai, il faut des thunes. Azmari s’essaie alors au jeu du financement participatif. Objectif : sauter la barre des 7.000 euros. Au total, ce sont 166 gentils donateurs qui vont mettre la main au portefeuille avec, à la clé, d’étranges retours sur investissement : bières, autocollants, jus de pomme, expédition sur un radeau ou écoute inédite des morceaux dans une yourte viennent compléter les précommandes des vinyles et CD.

En quelques jours de studio, Azmari rassemble ses (bons) goûts autour de six morceaux instrumentaux. Cette formule instrumentale nous convient, précise Arthur Ancion. Notre langage est mélodique. Nous sommes là pour transmettre des émotions, pas pour véhiculer des messages. Aujourd’hui, les six titres d’Azmari vivent sous la pochette du EP Ekera. Dans la mythologie éthiopienne, cela signifie " l’autre monde ", explique le percussionniste Jojo Demeijer. C’est une représentation du paradis. Par la suite, nous avons appris que ce mot voulait aussi dire " Orient " en Basque. Sans le savoir, nous avons choisi un titre qui circonscrit plutôt bien nos intentions.

Les envies musicales d’Azmari voyagent en effet entre l’Orient, l’Afrique et l’Occident. Pétries d’influences soul-funk, d’éthio-jazz, d’afrobeat et de substances psychédéliques directement importées du Bosphore, les compositions du groupe bruxellois étire les frontières au-delà des logiques continentales. Attiré par ces mélodies atypiques, le label Sdban vient trouver les Bruxellois avec un contrat. Taillée pour restaurer les monuments anciens (André Brasseur, René Costy) et dégoter les perles du jazz belge (STUFF., Black Flower), la maison de disques entend bien pousser la musique d’Azmari vers de nouveaux territoires. L’autre monde est donc là, à portée de main.

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Édité par le Conseil de la Musique , il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

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