Sublime Mélanie De Biasio

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La chanteuse de Jazz a envoûté le Music Village,  lors du dernier concert de la série "Les Live du Grand Jazz", le 16 septembre. 

 

Il faut parfois oublier le complexe du petit belge, ne pas attendre que d'autres le disent à notre place: Mélanie De Biasio est une des plus grandes chanteuses de la planète Jazz. Ca veut dire quoi, au juste? D'abord, qu'elle sait de quoi elle chante. Il en va des musiciens de Jazz comme des philosophes, qui doivent "avoir fait le voyage d'Athènes". 

Mélanie est allé rendre visite à Billie Holiday, Nina Simone, Julie London. Mais avec elle, écoute ne veut pas dire décalque. Pouvoir s'exprimer "à la façon de" n'est déjà pas si mal; on trouvait naguère dans la plupart des grands hôtels des artistes qui pratiquaient la discipline pour faire plaisir au client. De bons suiveurs, condamnés à ramer derrière la vague plutôt qu'à surfer sur la crête. On finit par y perdre son âme. Mélanie a d'autres exigences. 

En jouant le jeu du "Grand Jazz", une émission de répertoire, elle a montré savoir non seulement de quoi elle chante, mais aussi qui elle est. Peu importe le matériau, finalement, ses compositions personnelles ou "Fine And Mellow". La même concentration, le même poid sur chaque mot, tissent la toile d'un rêve qui révèle intensément la réalité, la qualité douce-amère de l'existence. 

Peut-être, un jour, la chanteuse fera-t-elle planer sa voix mélancolique sur un paysage électrique à la façon de Miles Davis. Et ce sera sublime. Car petit à petit, les musiciens entrent dans son jeu, veulent oublier leur ego pour contruire avec elle. Il faudra peut-être encore du temps, si Mélanie préfère se fondre dans un groupe qui travaille à l'intuition, comme sur son premier disque ("A Stomach Is Burning" - Igloo Records). Mais pour le concert au Music Village, la fusion était réalisée, grâce à la complicité du pianiste Pascal Mohy, à la musicalité du contrebassiste Sam Gerstmans. Une formule sans batterie, où le silence donne à la musique une dimension sublime. 

 

Les plus grands, Miles ou Chet, ont su négocier leur musique avec le silence. Et cela peut se faire sur n'importe quel tempo. Mélanie De Biasio est sensationnelle en tempo ralenti. Mais deux pièces marquantes du concert étaient une reprise rapide du "Mood Indigo" de Duke Ellington - à la façon provocante utilisée sur un ancien enregistrement de Nina Simone - et un sensationnel nouvel arrangement d' "Afro Blue". C'est désormais manquer de discernement de dire que Mélanie ne veut chanter que des ballades. Elle a conquis la liberté de chanter "le tempo juste", ce souffle qu'elle modèle parfois en percussion, un équilibre qu'elle claque des doigts longuement, avant de s'abandonner. 

Les auditeurs de La Première avaient pu vivre le premier set en direct, nous diffusons en ce moment le second, et le premier est proposé aux fidèles de l'émission "Jazz" de Musiq3". Surtout, il faut aller la voir en concert, par exemple le 20 janvier au Théâtre Marni. 

Le prochain épisode de la série "Les Live du Grand Jazz au Music Village" ? Le 18 novembre, avec Julie Jaroszewski, dans un trio avec Charles Loos et Philippe Thuriot. 

Philippe Baron