Nicolas Kummert, mélangeur d'âmes

Impliqué dans divers projets : "Voices", "Drifter" − qui aura les honneurs d’un JazzLab Series et d’un Jazz Tour − ou encore attendu sur le prochain album de Diederik Wissels, Nicolas Kummert s’apprête aussi à sortir "La diversité", enregistrement placé sous le label anglais Edition Records dirigé par Dave Stapleton, avec à ses côtés Nic Thys, Karl Jannuska et la star béninoise qui fait les beaux jours d’Herbie Hancock ou de Wayne Shorter à New York, Lionel Loueke. Avant une série de concerts qui l’emmènera à travers la Belgique mais aussi à Londres et au Luxembourg, le saxophoniste nous dévoile les dessous d’un projet qui lui tient à cœur.

Quel a été le déclic qui a provoqué ce projet avec Lionel Loueke ?

Je suis admiratif du travail de Lionel depuis longtemps. Quand je vivais à Paris, j’ai un jour enregistré avec le groupe d’un ami béninois qui avait invité le guitariste à jouer sur deux morceaux. J’ai utilisé ce petit lien pour envoyer un mail à Lionel. Je lui ai envoyé la musique de Voices et de Drifter et il a bien accroché. On a pu en parler et on s’est vite rendu compte qu’on était sur la même longueur d’onde. On a les mêmes idéaux, il est ouvert, simple et pas prétentieux pour un sou. C’est ainsi qu’on a pu organiser un concert au festival Saint-Jazz en 2015. On a ensuite fait une résidence et un concert au Gaume Jazz Festival, en été 2016. Dans la foulée, en octobre, on a enregistré le disque.

Au Gaume Jazz, vous avez aussi joué en duo. Cela a-t-il encore renforcé les liens entre vous ?

Oui, mais on s’était vite trouvé, humainement et musicalement. Ce n’est pourtant pas évident quand on fait appel à une star comme lui, qui tourne avec Herbie Hancock, Wayne Shorter ou Chick Corea. Alors, quand il m’envoie un mail en disant qu’il se sent bien avec le groupe ou avec le duo, cela me réconforte et c’est l’un des plus beaux compliments que je pouvais espérer.

Le disque parle de thèmes qui vous tiennent à cœur : le métissage, la liberté, l’exil… Il mélange un peu les styles aussi, comment le définiriez-vous ?

Même si ce n’était pas aussi précis au départ, je me suis rendu compte que, dans l’esprit de la musique, des titres ou des paroles, cela tournait toujours autour de ces thèmes. Dans ma musique il y a souvent des mélanges d’influences car je veux laisser les portes ouvertes entre les styles. Il y a pourtant une unité dans l’album. Pour moi, cet album est un peu plus jazz que Voices, dans le sens où il est plus acoustique, même s’il y a des fulgurances électriques de Loueke parfois. Il y a surtout une envie de rechercher plus d’interactions et de libertés dans le jeu. L’envie de profiter de la sensibilité de Lionel bien sûr, mais aussi de celle Nic et de Karl.

Il y a aussi une "Gnossienne" de Satie et "Hallelujah" de Leonard Cohen.

"Hallelujah", je le voulais dans un style afro. Lionel, qui jouait ce morceau pour la première fois, a trouvé un groove que je n’aurais pas pu imaginer. Quand il joue, ça donne envie de danser, il a ça en lui. Il invente avec une facilité déconcertante et embellit ce que je fais, c’est une approche très jazz. Il nous tire vers le haut, avec lui, les fausses notes n’existent pas, comme il le dit, et il peut toujours rebondir et partir dans tous les sens.

Comment avez-vous travaillé les compos et comment cela s’est-il passé en studio ?

On n’avait jamais beaucoup de temps pour travailler avant d’aller sur scène. On avait des structures, mais tout était très ouvert. J’ai voulu retrouver cela en studio et j’ai donné le moins d’indications possibles aux musiciens parce qu’on était en totale confiance. On avait les éléments de la compo, la mélodie, les progressions harmoniques et une idée de groove. J’ai demandé aux musiciens de choisir un élément du morceau et de se baser dessus. On n’était pas obligé de faire ce qui était écrit sur le papier, du coup, on a pu faire des prises très différentes. Ce sont souvent les versions les plus " libres " que j’ai gardées au final. Bien sûr, il y a toujours la mélodie qui est centrale et importante pour nous. On ira très rarement dans l’abstraction. Karl et Nic ont le sens de la forme, cela enrichit naturellement le projet. Quant à Lionel, il a des idées différentes pour chaque prise. Évidemment, il sait tout faire, c’est plus simple (rires).

On parle aussi sur ce disque..

Contrairement à "Voices", qui s’appuyait sur le principe des chansons, ici, on a utilisé la voix de manière plus libre. C’est venu spontanément. Il y a juste un morceau où il y a des phrases que j’ai écrites, qui parlent d’exil, de rapports humains. On en a parlé avec Lionel et il a inventé et improvisé des paroles dans sa langue. Nic a choisi la phrase qu’il voulait dire et Karl une autre, qu’il dit à sa manière, en anglais…

article extrait du n°21 du magazine Larsen

Les prochaines dates de concert de Nicolas Kummert

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