Le Grand Jazz de Stéphane Mercier

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S'il faut prouver sa connaissance des standards pour être programmé dans "Le Grand Jazz", Stéphane Mercier fait l'affaire sans problème.



Après une scolarité complète à la Berklee School of Music de Boston, et sept ans passés "à la dure" sur la scène New Yorkaise, la question ne se pose même pas. Pouvoir tout jouer est une affaire de survie dans l'environnement concurrentiel de la capitale du Jazz.

Ce que Stéphane a merveilleusement préservé, en revanche, c'est un style qui le distingue du copier-coller avec la tendance dominante sur son instrument principal, le saxophone alto. Il y a, grosso modo, deux grandes écoles du saxophone alto dans le Jazz.

La plus représentée, depuis les années quarante, est celle des boppers qui ont suivi Charlie Parker, avec Phil Woods, Sonny Stitt, le très véhément Gene Quill, Jackie McLean, Cannonball Adderley, voire même Eric Dolphy. L'influence de John Coltrane (un ténor) ajoute à cette liste des pointures actuelles comme Rosario Giuliani, Stefano Di Battista ou Manuel Hermia. Bien sûr, Ornette Coleman est joyeusement inclassable.

Mais on peut aussi dessiner une autre école, qui viendrait du Swing, avec Benny Carter et Johnny Hodges. Si on y ajoute l'influence de Lester Young, on trouvera Art Pepper. Une dose de Lennie Tristano, et voilà Lee Konitz, LA grande alternative à Parker pendant quelques années. Une révolution rythmique plus tard (la M-Base), apparaît Steve Coleman. Parker s'est toutefois infiltré dans presque tous les compartiments, il est impossible, dans l'après-Parker, de segmenter l'alto pour trouver un territoire vierge de son influence.

Cela dit, Stéphane Mercier se situerait plutôt dans le cadre rafraîchissant de l'influence Konitz, évitant les clichés bop comme les clichés blues.

Le programme du "Grand Jazz" commence au début des années 90, avec la B. Connection (Boston Connection), dans laquelle Stéphane avait eu l'intuition salutaire de réconcilier les acquis de la tradition et ceux de la M-Base.

Nous le suivons dans ses aventures américaines (les "Roomies", avec Nicolas Thys, l'album "Flor de Luna"), mais aussi les retours sur la scène belge, avec un concert inédit au Travers - un fameux "Have You Met Miss Jones", dès 1997, en compagnie de Bart Defoort, Laurent Blondiau, Erik Vermeulen - et un autre au Gaume Jazz Festival 2005, pour un groupe afro-funk très imprégné de Jazz.

Les projets récents le trouvent avec Charles Loos, Bernard Guyot, occasionnellement Peter Hertmans, et même une participation au New Sadi Big Band - en attendant la sortie d'un disque avec le Jazz Station Big Band?

Philippe Baron